En un an et demi, la Gazette de Montpellier s’est convertie en coopérative. Et maintenant ?

C'était un pari un peu fou, pour garantir la survie et l'indépendance des Gazettes de Montpellier, Nîmes et Sète. Mais depuis le 25 avril, c'est une réalité : le groupe de pressen d'un société anonyme, s'est convertie en coopérative. Le récit de cette mue avec le nouveau président directeur général.

En un an et demi, la Gazette de Montpellier s’est convertie en coopérative. Et maintenant ?

C'était un pari un peu fou, pour garantir la survie et l'indépendance des Gazettes de Montpellier, Nîmes et Sète. Mais depuis le 25 avril, c'est une réalité : le groupe de pressen d'un société anonyme, s'est convertie en coopérative. Le récit de cette mue avec le nouveau président directeur général.

Le processus aura duré plus d’un an et demi. Mais c’est désormais une réalité. Le 25 avril 2026,  la Coopé Gazette est officiellement née à Montpellier. Un virage économique et quelque part philosophique pour la Gazette de Montpellier, à l’aube de ses quarante ans, et ses petites sœurs de Nîlmes (née en 1999) et de Sète (fondée en 2006). Jean-Baptiste Decroix, passé de directeur délégué à président directeur général, décrypte cette transformation.

Pourquoi avoir voulu transformer  le groupe, d’une SARL en coopérative ?

Jean-Baptiste Decroix : le projet date de deux ans environ. Il ne faut pas oublier que la Gazette de Montpellier a été lancée dans les années 80 par trois journalistes. De ces fondateurs, seul Pierre Serre était encore aux manettes, mais il va avoir 76 ans. Il fallait passer à la suite, et une vraie question se posait au sujet de la transmission : celle de protéger tout ce qui avait été entrepris depuis ces quarante ans.
On voulait rester indépendants et ne pas tomber dans les mains d’un milliardaire local. On a donc pris notre destin entre nos mains et décidé de fonder une SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif), ce qui est le modèle le plus démocratique, puisqu’il permet d’avoir comme sociétaires autant des entreprises ou des associations que des lecteurs ou des salariés. Les institutionnels, par contre, ne peuvent pas y adhérer, pour des questions évidentes de conflits d’intérêts. Cette coopérative, en fait, correspond aux valeurs de nos titres, de démocratie, d’indépendance, de tolérance, 

Que s’est-il passé pendant ces deux ans ?

On a du s’atteler à un travail autant captivant que  compliqué, d’un point de vue partagé. Il a fallu réaliser un travail de recrutement de sociétaires, en tentant d’en capter un maximum dans un premier temps pour pouvoir fonder la SCIC. C’est pour cela que ça a pris du temps, d’autant plus que cette transformation est vraiment innovante, dans le monde de la presse et à ce niveau. Il y a d’autres titres qui existent en coopérative, mais pas avec cette ampleur. Il ne faut pas oublier que nous comptons 41 salariés, dont 22 journalistes.

Jean-Baptiste Decroix lors de la création de la SCIC (© Paul Plaisance) et la Une de la Gazette de Montpellier du 30 avril 2026.

Qui sont ces coopérateurs ?

Nous en comptions 157 samedi 25 avril, lors de la création de la coopérative. Et parmi eux, 134 sont des particuliers. Certains ont investi le minimum, soit 1000 €, mais d’autres ont pris des dizaines de parts. Ce niveau d’implication des lecteurs, ça prouve l’attachement du grand public à nos journaux. Tous nous disent « on fait ça parce qu’on veut que la Gazette reste elle-même et surtout indépendante ». Beaucoup nous ont rappelé que, dans un monde où la presse appartient à de grands financiers, il faut savoir se mobiliser.
Certains coopérateurs arrivent avec une belle énergie et plein d’idées qu’ils veulent partager, d’autres sont un peu plus en sommeil, mais tous sont importants, ce sont vraiment des ambassadeurs de la Gazette. Car ils parlent autour d’eux de l’importance de s’abonner, ou ils sont également des vecteurs pour trouver de nouveaux associés.

Car vous cherchez de nouveaux membres pour cette coopérative ?

C’est l’idée de base. Nous sommes 157 aujourd’hui, mais, depuis une semaine, quatre ou cinq m’ont déjà contacté pour nous rejoindre, car il faut que l’on grossisse. L’objectif est que l’on soit environ 300 dans quelques années, pour nous permettre de lever des fonds et de continuer notre travail d’information.

Vous vous étiez fixé un objectif financier ?

Aujourd’hui, avec nos 157 coopérateurs, nous sommes aux alentours de 350 000 €. L’objectif est de rassembler 900 000 €. La première échéance, c’est le remboursement d’un prêt garanti par l’Etat, qui se termine en 2031, et il nous reste 600 000 € à payer. Ce démarrage est plutôt réussi, il nous permet de voir l’avenir plus sereinement, mais nous avons besoin que d’autres nous rejoignent. Pour cela, ils peuvent demander des informations via le mail coope@gazettedemontpellier.fr

Comment se porte financièrement le groupe ?

En 2025, nous avons réussi à être à l’équilibre, ce qui est un exploit vu les conditions actuelles dans lesquelles la presse locale travaille. Nous avons la chance d’avoir une diffusion qui reste forte, et nous avons mis l’accent sur la publicité, qui est essentielle pour nous. Nos titres ont une forte orientation vers le monde de la culture, mais, depuis le Covid, les publicités venant de ce milieu s’étaient effondrées, ce qui était un handicap pour nous. En 2025, nous avons donc travaillé largement sur ce secteur, et, si les résultats ne sont pas encore au niveau de 2019, nous avons redressé la barre. Ce qui nous permet désormais, avec le passage en coopérative, de voir l’avenir plus sereinement, et de pouvoir mettre en œuvre des projets pour l’avenir.

Propos recueillis par Laurent Brunel

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