La rumeur se faisait de plus en plus forte depuis quelques temps : les actionnaires du Groupe Sud-Ouest (GSO) cherchaient des repreneurs, et des négociations étaient même en cours. Depuis ce jeudi 3 septembre 2026 à 15 h, c’est désormais officiel : la famille Lemoîne (propriétaire de GSO) et le Groupe Rossel entrent en négociations exclusives pour la cession du groupe « en vue de construire un acteur majeur de médias régionaux français« , selon les termes du communiqué.
Concrètement, 80 % du capital serait rachété par Rossel. Le projet d’opération implique en effet la cession de la holding familiale Socibog, détenant environ 73% du capital de GSO, et de la participation d’environ 7% détenue directement par la famille Lemoîne. Avec une conséquence immédiate : transformer Rossel France en 3e groupe de presse locale en France, derrière SIPA Ouest France et EBRA, avec un chiffre d’affaires total de plus de 400 millions d’euros,
Le futur groupe cumulerait 3,4 M de lecteurs papier par jour (selon les chiffres de l’ACPM), et compterait près de 230 millions de visites mensuelles.
Pour l’instant, Rossel possède, en ce qui concerne la branche médias, les quotidiens La Voix du Nord, Nord Eclair, Paris Normandie, L’Union-L’Ardennais, Le Courrier Picard et Nord Littoral, mais aussi dix hebdomadaires locaux au sein de Nord littoral et cinq autres au sein du Messager (dans les Alpes). L’accord, s’il est conclu, intégrerait dans le nouveau groupe les marques de PQR Sud Ouest, La République des Pyrénées, Charente Libre, mais aussi celles de PHR La Dépêche du Bassin, le Résistant et Haute-Gironde).
Sud Ouest apporte des compétences nouvelles dans le groupe
Au delà de ces marques de presse, Rossel récupérerait aussi des magazines (Placéco et Terres de Vin par exemple), une maison d’édition (Editions Sud Ouest), deux télévisions locales (TV7 et TVPy). Mais c’est aussi la partie diversification (qui ne représente pour l’instant que 30% du chiffre d’affaires de GSO) qui intéresse Rossel. La corbeille de mariée contient en effet aussi Digivision (une société de production et agence de presse TV) et Écrans du Monde (un groupe référent en production audiovisuelle, captation de spectacles vivants et correspondance de presse TV). Sans oublier une activité d’agence de communication et de contenus : l’agence Eliette et une activité événementielle autour de l’agence Côte Ouest. Soit certaines compétences pas encore forcément toutes très développées chez Rossel.
« Dans un marché en profonde transformation, nous sommes convaincus que la consolidation est une réponse pertinente pour garantir la pérennité d’une information régionale forte et indépendante« , expliquent dans le communiqué Tristan Lemoîne, vice-président du conseil d’administration de GSO, et François de Galard, président de Socibog, au nom de la famille Lemoîne.
De son côté, Bernard Marchant, administrateur délégué du Groupe Rossel et président de Rossel France SA, explique que « ce projet est majeur pour [notre] Groupe. Il confirme notre volonté de nous inscrire durablement dans le paysage médiatique français et de continuer à y investir.
La presse régionale est le premier média de France. Dans un environnement profondément transformé et particulièrement concurrentiel, il est essentiel de lui donner les moyens d’innover, d’investir et de renforcer encore son rôle de média de proximité. Cela passe notamment par des rapprochements et des partenariats qui permettent de mutualiser les expertises et les capacités d’investissement, tout en préservant ce qui fait la force de nos médias : leur ancrage local et la proximité avec leurs audiences. »
Le projet reste soumis à la consultation des instances représentatives du personnel concernées et, s’il est confirmé, sa réalisation serait soumise aux conditions règlementaires usuelles. La finalisation de l’opération est envisagée d’ici la fin de l’année 2026.
Des salariés dans l’attente
Du côté des salariés de GSO, l’arrivée du mail dans les boîtes aux lettres de chacun des salariés à 15 h a réellement créé la surprise. Un sentiment partagé par ceux de Rossel qui, eux aussi, ont reçu l’information au même instant.
Dans certaines rédactions, « il y a eu un moment de surprise et de doutes« , explique un journaliste. Des réunions ont également été organisées durant l’après-midi dans certains médias ou agences, durant lesquelles il a été expliqué par exemple que la démarche était de s’associer avec « un groupe aux valeurs similaires que GSO, notamment un groupe à l’actionnariat familial« .
En ce qui concerne l’emploi, selon les dires des rédacteurs en chef ou directeurs, durant ces réunions, rien ne changerait jusqu’à la signature. Sans aucune garantie ensuite, aucune information n’ayant fuité à ce sujet.
Le sujet devrait encore connaître de nouveaux développement, puisqu’un CSE extraordinaire est prévu lundi 7 septembre au sein du Groupe Sud Ouest. Et, d’ores et déjà, des AG du personnel devraient se tenir dans la foulée.