Comme chaque année, l’Association pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM) publie son observatoire, véritable baromètre de la santé de l’information écrite dans le pays. Pour cette 36e édition, dans un climat particulièrement morose pour les médias traditionnels, Jean-Paul Dietsch, le directeur général de l’ACPM, souligne que les médias, dans leur ensemble ont cumulé en 2025 « près de 2,6 milliards d’exemplaires diffusés (…) et 86 milliards de visites sur les supports digitaux des marques médias. 94 % des Français consultent au moins une marque média chaque mois.«
« Au-delà de ces performances, c’est le rôle structurant des médias dans la vie démocratique et sociale qui se confirme. Plus que jamais,la presse s’impose comme un média de référence, capable de conjuguer puissance de diffusion et profondeur éditoriale. » Mais la presse, et en particulier locale, va-t-elle bien ? Réponse en cinq points.
1 • La diffusion de la PQR/PQD chute de 5,5%
Les plans d’économies annoncés ces dernières semaines, notamment chez Ouest France, Sud Ouest ou Centre France, sont le reflet de l’évolution de la diffusion du journal papier, qui reste toujours le principal pourvoyeur de chiffre d’affaires. Les quotidiens régionaux et départementaux ont écoulé 938 443 474 exemplaires sur une année, soit une baisse de 5,5% en 2025 par rapport à 2024. Ouest France reste largement en tête (581 505 ex/jour) devant le Parisien (192 505 ex.) et Sud Ouest (164 510 ex.)
En regardant de plus près, on voit que les abonnements par portage enregistrent une forte diminution (-7%), tout comme les ventes au numéro (-10%). Des chutes que n’arrivent pas à compenser les ventes numériques, malgré une belle progression de 8%
2 • La PHR en difficulté sur le digital
La grande famille de la presse hebdo régionale (140 titres sont étudiés par l’ACPM) connaît elle aussi un recul. En tout, 39 037 061 exemplaires ont été écoulés en 2025, soit une baisse de 4,4% par rapport à 2024. Le titre le plus diffusé reste La Manche Libre, qui se maintient au dessus des 40 000 ex./semaine (40 388 exactement), devant un titre du même groupe, Le Courrier cauchois (21 878 ex.) et Le Messager Thonon (13 287 ex.)
Un des grands motifs d’inquiétude réside en fait aujourd’hui dans la capacité de la PHR a se réinventer sur une modèle numérique. La progression des ventes numériques est exceptionnelle : 47% entre 2024 et 2025. Mais le chiffre, en valeur absolue, reste très bas : seul un million d’exemplaires sur 39 est en lien avec les nouvelles technologies. Il faudra donc trouver, et très vite, un modèle économique adapté pour conquérir de nouveaux lecteurs sur les supports digitaux.
3 • La PHR dépend énormément des ventes en kiosque
Si on compare les graphiques illustrant la répartition de la diffusion de la PHr et de la PQR/PQD, la différence est flagrante : quasiment un hebdo sur deux est vendu en kiosque, contre moins d’un sur cinq pour les quotidiens. Ce qui se traduit évidement par une absence d’avance de trésorerie et une obligation de performer sur la une pour vendre son journal chaque semaine. Dans un pays où les maisons de la presse et les kiosques disparaissent les uns après les autres, les hebdos doivent faire preuve d’ingéniosité et de persévérance pour trouver à chaque instant de nouveaux points de vente, et surtout d’animer ce réseau pour qu’il soit performant et dynamique.
4 • Les médias locaux dépendent du web, pas des applis
En ce qui concerne la fréquentation des sites, Ouest France est en tête, avec 2,2 milliards de visites en 2025, coiffant au poteau franceinfo.fr et le figaro.fr. Actu.fr n’est pas très loin derrière, avec quasiment 1,4 milliard de visites. Ce qui fait en cumulé plus 3,6 miliards de visites pour ces deux seules marques du SIPA Ouest France.
Mais aujourd’hui, la consultation se fait souvent sur les applis dédiées des marques. Et là, les performances ne sont pas aussi bonnes, si elles restent honnêtes. Ouest France n’est plus qu’à la 9e place du classement, avec 227 millions de visites sur son appli. L’Equipe est le seul média à dépasser le milliard.
Il y a quelques jours, lors d’une réunion d’un cercle d’éditeurs de la PHR, l’idée a été émise de lancer une grande application de la presse locale, unissant les forces de la PHR et de la PQR. Une idée forte, qui pourrait avoir un impact sur la population, mais encore faudrait-il que tous les partenaires se réunissent autour d’une même table et valident l’idée comme un seul homme. De nombreux titres risquent d’avoir disparus d’ici là…
5 • Certaines familles de presse s’en sortent mieux. Ou pire.
Si la presse locale voit sa diffusion chuter de 4 à 5%, quelques autres rares familles de presse se portent mieux. Ainsi, la presse d’actualités générales et société (avec des titres tels que Paris Match, Le Pélerin, JD News ou le Magazine du Monde) affiche 7,3% de hausse, du fait notamment de l’apparition de nouveaux titres et d’une diffusion désormais à plus de 50% numérique. La presse quotidienne nationale (Libération, la Croix...) progresse également de 3,4%.
La presse de l’économie, de l’entreprise et de la finance (Capital, Le Particulier…) se porte également bien avec une hausse de 6,6% (dopée par la diffusion numérique par tiers). La presse des adolescents, de l’enseignement et de la pédagogie (Okapi, Vocable…), quasiment entièrement par abonnement, progresse aussi de 6,6%. Celle du sport (France Football, So Foot, Vélo magazine…) réalise aussi une belle performance avec 5,2% de hausse (en grande partie due aux ventes numériques).
A l’autre bout du spectre de la presse grand public, la presse news (L’Express, le Point... ) sombre de 6,9%, tout comme la presse people (Closer, Ici Paris) à -7,3%. La presse TV poursuit sa dégringolade, avec -6,5% et la presse féminine, autrefois puissant moteur de ventes, recule de 5,7%.
