Le 18 avril prochain, 50,2 millions de Français sont appelés à se rendre dans l’isoloir pour le premier tour de l’élection présidentielle. Un scrutin qui, cette fois-ci plus que jamais, devrait avoir -et a déjà- une résonance médiatique hors du commun du fait de la multiplicité des candidats et/ou de la possibilité d’un deuxième tour opposant les leaders des deux extrêmes de l’échiquier politique.
Cette situation inédite génère, à droite comme à gauche, des initiatives originales dans les médias, comme la naissance, mardi 15 septembre du site « On a déjà essayé », né grâce au travail commun entre sept médias d’investigation locale : Médiacités, Le Poulpe, Rue 89 Strasbourg, Bordeaux et Lyon, Marsactu et Made in Perpignan. Le projet, qui veut mettre « l’extrême droite sous la loupe de médias indépendants locaux » selon le titre du manifeste, est également épaulé par le Fonds pour la presse libre, qui a aidé pour la mise en place de l’outil et la mutualisation entre les médias.
Les collectivités RN sous la loupe
« L’idée première de ce site est de publier, grâce aux sept médias locaux, une grande enquête tous les mois« , explique Daphné Gastaldi, la journaliste coordinatrice de l’opération, recrutée pour l’occasion. La première est entièrement dédiée aux six premiers mois de présence d’élus RN à la tête de mairies, intercommunalités, de régions… Avec l’idée de voir ce qui a changé dans ces collectivités, en matière de culture, de social. Ou, au contraire, de dire si la situation est la même qu’avant les élections.
« Le travail entre les rédactions, pour construire cette enquête, tient de la collaboration, du partage d’informations« , note Daphné Gastaldi. « Il s’agit en fait de tirer une sorte de fil rouge à travers le territoire, pour connaître les conséquences de l’arrivée de l’exrême-droite au pouvoir, pour faire une projection sur l’éventualité de son arrivée au pouvoir au printemps prochain.«
Mais alors, pourquoi partir de la locale pour ce site, alors que les médias nationaux sont déjà quasiment saturés d’articles, de vidéos ou de posts sur ce sujet ? « Les médias locaux ont une vision souvent moins caricaturales, plus en nuance. Les journalistes vivent ici, connaissent les territoires. Il s’agit de montrer la force de frappe de ces rédactions locales, qui décryptent ce qui se passe dans ces laboratoires du RN.«
Dans ce projet collaboratif, chaque rédaction reste indépendante et continue de travailler sur son secteur, « en réalisant notamment des enquêtes certes sur le RN, mais aussi sur tous les autres partis, comme c’est le cas depuis leur création« , complète la journaliste.
En plus de la grande enquête mensuelle (les prochaines sont d’ailleurs en cours d’élaboration), On a déjà essayé rassemble une sélection d’articles des sept médias traitant de l’extrême droite, politique ou sociétale, « afin de donner du fond et d’aller plus loin. Si un média comme Rue 89 Lyon réalise de l’investigation lié à des groupuscules d’extrême droite ou à des élus de cette tendance, alors ces productions peuvent se retrouver là.«
L’info locale attire les poliiques
Lancé il y a seulement deux jours, le site génère en tout cas déjà des réactions. « Plusieurs personnes nous ont déjà contacté, notamment pour nous donner des informations, ce qui est important pour lancer d’autres reportages après avoir, bien sûr, vérifié les faits. » Et On a déjà essayé pourrait aussi prendre une autre dimension avec l’adhésion de nouveaux médias. « On ne s’interdit pas par exemple la collaboration avec un média national », soutient Daphné Gastaldi, « même si, avant tout, on reste créé et fabriqué par des médias locaux.«
Si On a déjà essayé enquête clairement sur l’extrême droite, d’autres médias font ou feront pencher la balance dans l’autre sens. Ainsi, Frontières, qui affiche une orientation conservatrice et identitaire, et dont Lagardère News (groupe Bolloré) a acquis il y a quelques jours 25% du capital , voudrait lui aussi se développer en région. Dans son édition du 13 septembre, Le Monde expliquait que le média avait pour « autre objectif : fonder des médias locaux, avec le soutien de chefs d’entreprise actuellement prospectés. Dans un premier temps, Frontières et le groupe Bolloré espèrent, avant janvier 2027, lancer deux nouveaux médias dans des régions encore non connues. Ces titres doivent notamment cibler localement le monde de la culture.«