Des journalistes de l’Indépendant pris à partie par le maire de Carcassonne
Ambiance délétère, le 24 septembre 2026, à l’hôtel de ville de Carcassonne. Lors du conseil municipal, le maire RN Christophe Barthès a pris à partie deux journalistes du quotidien local L’Indépendant (groupe La dépêche du Midi), les accusant de vouloir « nuire ».
Selon Libération, ils ont été « accusés de vouloir «nuire au maire», qualifiés de «guignols de l’info» et de «journaleux», au service de «torchons» et d’une «presse nauséabonde» ». Le maire est, depuis son élection en mars, en guerre ouverte avec le groupe La Dépêche, s’enorgueillant d’avoir retiré quasi 70000 € d’aides à ces titres (publicité, annonces légales…) en mesure de rétorsion.
Les propos lors du conseil municipal ont logiquement entraîné une levée de bouclier de la presse dans son ensemble, de nombreuses sociétés de journalistes estimant, à juste titre, que « les journalistes des titres du groupe La Dépêche du Midi doivent pouvoir travailler sereinement et il est scandaleux qu’un maire mène un combat personnel contre des journalistes. Ces méthodes doivent cesser.«
PLF 2027 : les aides à la presse maintenues
Avec les économies tous azimuts demandées par le Gouvernement, l’enveloppe globale du ministère de la Culture était scruté par tous les médias. Et plus principalement les lignes concernant les aides à la presse. Les chiffres présentés jeudi 1er octobre permettent de pousser un ouf de soulagement, puisque les aides (directes) seront globalement d’un même montant qu’en 2025. Pas moins de 122,2 M€ seront dédiés à la distribution de la presse imprimée (par les marchands de journaux et via les abonnements, 4 M€ iront à la rénovation des points de vente. La modernisation de la filière impression, tout comme celle de la distribution sera épaulée.
« Les moyens du fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP) sont renforcés à hauteur de +3 M€ afin de poursuivre l’accompagnement
des projets stratégiques de modernisation des éditeurs de presse dans un contexte de réforme du fonds afin d’en accroître l’efficacité », précise également le communiqué de presse du ministère (p 102)
Les radios associatives seront également heureuses d’apprendre que l’enveloppe de 35,3 M€ du Fonds de soutien à l’expression radiophonique locale (FSER) est reconduite (même si leur syndicat réclamait une hausse à 39 M€). L’an dernier, le PLF avait prévu un coup de rabot de 50% sur ce FSER, avant qu’il ne revienne à son niveau initial grâce au soutien, entre autres, de nombreux politiques.
La PQR valide enfin un accord de branche
Voilà quasiment une quinzaine d’années qu’aucun accord de branche n’avait été signé pour la PQR. Le retard est désormais rattrapé, puisque le 1eer septembre est entré en vigueur une nouvelle grille de rémunération, réalisée après des négociations entre syndicats et patronat initiées au printemps. La réforme était indispensable, puisque plusieurs catégories étaient en dessous du Smic… La grille est avant tout un indicateur, sachant que la plupart des titres ou groupes de presse liés à la PQR ont leur propre grille de rémunération.
La Dépêche tentée par le rachat de Sud Ouest
Visiblement, à Toulouse, on a été quelque peu surpris -voire furieux- des « négociations exclusives » entre le groupe Rossel et GSO (Groupe Sud Ouest). Le 22 septembre 2026, Jean-Nicolas Baylet, le PDG des journaux toulousains, s’est largement épanché auprès du Figaro pour dire que, lui aussi, était intéressé par Sud Ouest. Il est vrai que la proximité géographique serait logique. « Il ne fait aucun doute que, si nous avions été sollicités, nous aurions fait une offre « , affirme Jean-Nicolas Baylet. Il aurait,selon certaines sources, sondé l’éventuel acquéreur du groupe bordelais il y a quelques semaines, mais on lui aurait répondu qu’aucun rachat n’était dans les tuyaux. « Nous sommes prêts à faire une contre-offre« , affirme-t-il désormais, alors que les négociations entre Rossel et Sud Ouest semblent bien avancées, suffisamment en tout cas pour que le projet soit révélé.
Ouest France réduit son personnel
156 postes supprimés, dont 116 dans les rédactions. Le plan présenté le jeudi 17 septembre 2026 aux représentants des salariés de Ouest France lors d’un CSE a créé la stupeur dans la monde de la presse locale. Le quotidien, comme tous les autres, est confronté au triple problème qui mine son équilibre financier (l’effondrement de la publicité, la chute de la diffusion papier et la difficulté de trouver des recettes liées au numérique). Sans compter la concurrence des réseaux sociaux, des plateformes numériques et de l’IA.
La direction s’exprimera après la procédure d’information-consultation, ouverte jusqu’à la mi-novembre. Mais pour l’instant, on sait qu’aucun licenciement sec ne serait envisagé : les 156 départs se feraient grâce à des départs à la retraite ou des CDD non remplacés.
L’objectif pour le premier quotidien français est de rétablir d’ici à 2028 l’équilibre financier (il est en effet déficitaire depuis cinq ans). En 2025, Ouest-France a enregistré une perte nette de 8,9 millions d’euros.
Les syndicats dénoncent « un plan social inacceptable qui ne dit pas son nom. (…) Les gens sont assez choqués. C’est la première fois qu’il y a un tel plan dans le journal.«
EBRA lance la « République des lecteurs »
Dans une communication interne, Sophie Gourmelen, la présidente du groupe EBRA, a annoncé mardi 23 septembre la création de la République des lecteurs, un think tank consacré à la lutte contre la désinformation. Ce groupe de travail, constitué d’une douzaine de personnalités (dont Laurent Berger, l’ancien secrétaire général de la CFDT), devrait, selon les termes du communiqué, permettre à chacun « d’accéder à une information fiable (…) et de comprendre comment elle est produite ». Ce pour « développer l’esprit critique face aux transformations de l’information« , mais aussi « faire vivre un débat public ouvert sur les grands enjeux de société« . Un lancement évidemment enthousiasmant dans l’idéal (qui peut être en faveur de la désinformation ?), mais dont le lancement tombe au plus mal selon les syndicats. Le groupe est en effet actuellement en négociations pour réduire le nombre de salariés. Le SNJ déplore que « l’entreprise ne s’applique pas à elle-même ses beaux principes : le groupe EBRA n’a nullement l’intention d’informer ses lecteurs du fait qu’une grande partie de ses contenus auront été relus, corrigés et parfois reformulés par des machines, la supervision humaine de toute la production éditoriale étant assurée par des « valideurs ». »
Pour la FM et la DAB+ dans les voitures neuves
L’Alliance de la radio, Radio France et les Locales, le groupement des radios associatives, unissent leur voix pour une demande bien particulière : ils demandent au Gouvernement que les voitures neuves soient, par défaut, équipées d’un auto-radio captant les fréquences FM et DAB+. Tesla et Citroën, deux marques parmi d’autres, proposent en effet certains de leurs modèles sans cet équipement, préférant, d’un côté, un simple support sur lequel fixer son smartphone, ou d’un autre un dispositif permettant le streaming (par exemple sur Spotify). Cette tendance inquiète logiquement les radios, qui n’oublient pas que, selon Médiamétrie, un minimum de 70 % des auditeurs écoutent la radio en voiture.
Une première directive européenne impose, depuis 2020, que tous les véhicules neufs soient équipés en DAB+, mais ce texte est fréquemment contourné par les constructeurs à cause d’une faille, ce qui leur permet de réaliser quelques dizaines ou centaines d’euros lors de la production.
Outre l’aspect audience, les radios rappellent qu’ils sont souvent le dernier média pour les situations d’urgence (par exemple le grand apagón, la panne électrique géant qui avait touché la péninsule ibérique en 2025). Les radios à piles et celles des voitures avaient continué à recevoir les émissions, dont celles destinées à informer la population.
Rodolphe Saadé à la recherche du modèle économique pour ses journaux
L’interview aurait pu passer complètement inaperçue si La Correspondance de la presse n’avait, le mardi 22 septembre, mis le doigt dessus… Rodolphe Saadé, le président-directeur général de CMA CGM, et donc le propriétaire de CMA Média, donne une large interview au quotidien libanais L’Orient-Le jour. Et dans ce long entretien de 50 minutes, il revient sur ses achats de médias, dont la Provence voilà déjà cinq ans. Avec un constat simple : il n’a pas -pour le moment, « trouvé le modèle » économique qui conviendrait pour son petit groupe médiatique. « Tant que j’ai l’énergie et les moyens, je vais continuer à foncer, y compris dans les médias« , affirme également celui qui, pour réaliser 20 M€ d’économies, met en vente les télévisions locales de BFM TV.
Locales de BFM : pas de vente, mais deuc chaînes en moins
Le 25 juin dernier, le groupe CMA Média annonçait mettre en vente les 9 télévisions locales de BFM (Lyon, Marseille Provence, Grand Lille, Grand Littoral, D’ici -Alpes du Sud et Haute-Provence-, Toulon Var, Nice Côte d’Azur, Alsace et Normandie) réparties à travers tout le territoire. Mais, finalement, retour en arrière : faute de repreneur, CMA Média a décidé de ne plus les vendre, mais de réaliser des économies, en fermant notamment deux chaînes (Normandie et d’ici), de réaliser des synergies entre Grand Lille et Grand Littoral, et entre Marseille, Nice et Toulon. Enfin, la ligne éditoriale sera réorienté vers l’actualité économique.
Médias locaux vs créateurs de contenus
Chacun le sait, les univers, autrefois très éloignés, des médias locaux et des créateurs de contenus se rapprochent peu à peu. Mais aucune étude n’avait réellement étudié ces interactions. C’est désormais chose faite grâce à Ouest Médialab, qui a réalisé une grande analyse de ce phénomène. Analyse présentée le 24 septembre, lors de la première journée du Festival de l’info locale.
L’étude est disponible gratuitement, en suivant ce lien.
Droits voisins : la PPL Balanant adoptée bientôt ?
Trois mois après que la France ait présenté le texte, la Commission européenne n’a présenté aucun avis. La proposition de loi du député Erwan Balanant peut donc poursuivre sa route vers l’adoption. Pour mémoire, le texte adopté à l’unanimité par l’Assemblée en mars, puis modifié par le Sénat, permettrait de redonner tout son sens à la notion de « droits voisins », notamment lorsque le contenu éditorial des médias est utilisé par les plateformes numériques. Ces dernières devraient donc négocier avec les éditeurs ou leurs représentants, pour arriver à une rémunération juste du matériel utilisé. En cas d’échec des négociations au bout de trois mois (les plateformes prolongent ce délai à plusieurs années actuellement), l’Arcom, qui sera l’autorité de compétence, peut fixer arbitrairement la rémunération. En outre, cette même instance aura le pouvoir de sanctionner les plateformes à hauteur de 1% du CA mondial si elles posent des difficultés à transmettre les données nécessaires à l’évaluation de la rémunération…
Prochaine étape pour le projet de loi : la création d’une commission mixte paritaire (sept députés et sept sénateurs) pour écrire un texte commun pour les deux chambres. Au début de l’été, le député Erwan Balanant confiait à notre rédaction son espoir de voir la loi adoptée d’ici la fin de l’année, soulignant que « on a affaire, en face de nous, à des gens très procéduriers. Il faut donc avancer avec des outils prévus pour leur répondre.«
4 mesures en faveur des télévisions locales
La fédération des télévisions de proximité Locales.tv, qui rassemble 46 adhérentes, a été auditionnée le 23 septembre 2026 par la commission des Affaires culturelles et de l’Education de l’Assemblée nationale. L’occasion pour l’association de mettre en lumière la situation économique difficile de ces canaux, à un moment les financements publics diminuent (et c’est une part importante de leur modèle économique) et que les plateformes numériques captent une part croissante des investissements publicitaires.
Locales.TV a présenté à l’Etat quatre mesures qui serait en mesure d’améliorer leurs comptes. Tout d’abord, garantir la visibilité de TV locales sur les nouveaux écrans. Locales+, lancée en 2026, pourrait notamment constituer un point d’accès commun aux différentes chaînes.
Deuxième axe, l’accès aux futurs dispositifs de soutien à l’investissement publicitaire dans les médias d’information.
La communication publique est au cœur de la troisième proposition/ Locales.tv réclame que 7% des achats d’espaces publicitaires pilotés ou coordonnés par le Service d’information du Gouvernement (SIG) soit consacré aux chaînes locales.
Enfin, l’association propose d’affecter une partie de la fiscalité numérique à la création d’un fonds de transformation des médias locaux (TV, radios, journaux et médias numériques). Ce fonds financerait notamment des investissements dans la distribution, les outils rédactionnels, la donnée, la mesure d’audience, les nouveaux formats ou l’innovation technologique.
L’agrément CPPAP retiré au site Ecostylia
La sosu-commission « presse en ligne » de la CPPAP (Commission paritaire des publications et agences de presse) vient de retirer son agrément au site d’actualité générale et people Ecostylia, selon la Correspondance de la presse du lundi 28 septembre 2026. Le quotidien professionnel explique que la décision a été motivée par « un recours massif à l’intelligence artificielle ». Ajoutant que la commission a « aussi mentionné l’absence de journalistes professionnels, qui était le motif plutôt utilisé jusqu’alors pour fonder ses refus en cas de soupçon de recours à l’IA. » Emilie Schwartz et Christian Pierre, qui signent la plupart des articles, produisent en effet à un rythme difficilement tenable pour des rédacteurs professionnels !
Déjà, il y a quelques semaines, l’agrément provisoire avait été retiré au site Var-actu. La commission, en séance plénière avait estimé que « le site ne satisfaisait pas à la condition d’édition à titre professionnel ». De plus, « les contenus mis en ligne ne faisaient pas l’objet d’un traitement à caractère journalistique« .
Antoine Barège à la tête d’Ici Nord
Heu-reux ! Antoine Barège, qui était rédacteur en chef d’Ici Nord (ex France Bleu) est, depuis la fin septembre, le directeur de cette antenne historique du réseau des stations de Radio France (Fréquence Nord fut lancé en mai 1980 comme l’une des premières radios locales publiques expérimentales). Il remplace Bertrand Lefebvre, parti à la retraite.
Cette nomination comble visiblement l’intéressé qui, sur Linkedin, laisse éclater sa joie. Celui a, en 2002, avait réalisé ses premières piges sur cette même fréquences, connait bien les studios de l’avenue Président Hoover, : « Autant dire que je reste à la maison, avec une casquette (ou un chapeau de la braderie) différent« .