AI Overview : braquage sur les médias locaux

Un peu plus de deux mois après le lancement officiel d'AI Overview, le doute ,'est plus permis : la fréquentation des sites d'infos, dont ceux d'actu locale, est en chute libre. Avec des conséquences graves à la clé.

AI Overview : braquage sur les médias locaux

Un peu plus de deux mois après le lancement officiel d'AI Overview, le doute ,'est plus permis : la fréquentation des sites d'infos, dont ceux d'actu locale, est en chute libre. Avec des conséquences graves à la clé.

Les chiffres de fréquentation des sites d’actu du mois de septembre étaient particulièrement attendus. Il fallait en effet savoir si, après des mois d’été généralement atypiques, l’entrée en fonction chez Google d’AI Overview, la nouvelle fenêtre de texte automatique suite à une recherche, avait eu des conséquences. Et la réponse est nette et sans discussion : oui.
L’ACPM (Association pour la chiffre de la presse et des médias) a donc délivré ce mercredi 7 octobre, entraînant une logique soupe à la grimace dans tous les médias. Tous sont en effet en repli -parfois important- avec des chutes vertigineuses, comme le réseau des radios publiques locales Ici qui s’effondre de plus de 55% sur ses sites par rapport à septembre 2025 (cette baisse étant également due au changement de nom du réseau).
Ouest France sauve les meubles, et n’accuse « que » 9% de recul environ. Dans le même groupe, Actu.fr est aux alentours de -11%. Et dans le sud de la France, Midi Libre boit la tasse avec 35% de recul, La Dépêche du midi n’est pas loin avec 23% de baisse et Sud Ouest aux alentours de -17 à 19%… Sans oublier le Parisien qui perd 40 millions de visites. Une hécatombe.

Les 15 premières marques de médias de l'ACPM, avec les évolutions de visites entre septembre 2026 et septembre 2025.

La Correspondance de la presse a calculé que le recul moyen des sites d’actu et d’infos généraliste atteignait 21,8%. Pour les applications, la baisse est un peu plus modérée, à 12,9%, mais reste conséquente. Avec des contrastes : Sud Ouest reste stable par rapport à 2025, quand Ouest France perd 15% ou Le Progrès 11%.

Overview, seul responsable ?

Il ne faut toutefois pas oublier que l’actualité de septembre 2025 était particulièrement riche, beaucoup plus que celle de 2026 dominée par le débat des présidentielles qui ne semble pas forcément convaincre ou intéresser. Mais cette différence d’actualité ne peut tout expliquer  Et la nouvelle interface de Google, Overview, est logiquement montrée du doigt (sauf pour les applis, puisque cette fonctionnalité n’entre pas en compte dans ce cas là). Qui, en effet, va aller cliquer sur un lien (de plus, bien moins visible) puisqu’il a eu sa réponse en trois lignes ? Trois lignes rédigées grâce aux faits aspirés directement sur le site du média. Et ce, quasiment sans rémunération (même si Google a des accords avec les marques de presse, au titre des droits voisins).
D’ailleurs, le 8 octobre, lors des Assises de l’IA (organisées par Ouest France) à Caen, le sujet était dans toutes les bouches. Et la table ronde « Hold-up sur l’info » résumait bien l’esprit général. Arnaud Wajdzik, le journaliste qui animait ce temps fort, retrace d’ailleurs bien la teneur des discours dans un long post sur Linkedin. « Le titre n’avait rien d’exagéré« , assure-t-il. Les contenus des médias sont en effet aspirés et les clics vers les sites sont de moins en moins nombreux, ici en France, ou dans tous les autres pays où cet AI Overview a été implanté depuis déjà plusieurs mois ou années. Or, c’est sur les sites que se trouvent la publicité qui donc, sera moins vue. Et aura moins de valeur. C’est également sur ces sites que se trouve l’info de qualité qui sera, elle aussi, moins consultée, et « prédigérée » par une IA dont on ne sait vraiment si elle va la restituer dans toute sa véracité et sa nuance.

« Après la publicité, ils cannibalisent les contenus.» 

Fabrice Bazard, directeur général d’Ouest France

« En matière de pillage, c’est le casse du siècle, et on ne peut pas laisser faire ça« , assurait François Xavier Lefranc, le président du directoire de Sipa-Ouest France. Google et Meta ont « cannibalisé la publicité toutes ces dernières années, là ils sont en train de cannibaliser les contenus« , complétait Fabrice Bazard, le directeur général d’Ouest France.
« Il y a la question de savoir qui financera demain une information vérifiée, si ceux qui la produisent ne sont plus lus », résume Arnaud Wajdzik très justement. Mais est-ce que ce demain n’est pas déjà aujourd’hui ?

Laurent Brunel

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