Article initialement publié le 12 juin 2026 dans PHRAses direct.
Depuis l’arrivée massive des médias locaux sur Internet, une nouvelle expression est dans toutes les bouches : « web first ». Les versions numériques ont tendance à voir leur popularité croître, au détriment du papier. Les titres de presse hebdomadaire régionale affichent une diffusion totale de 39 millions de copies, soit une baisse de 5,5 % depuis l’an dernier, selon l’ACPM (Association pour les chiffres de la presse et les médias).
Pourtant, aucun journal ne verrait pour le moment sa version papier disparaître. Trop importante pour leurs lecteurs, elle est lue par les plus fidèles. Notamment grâce à un élément clé : le chemin de fer, qui permet à chaque canard de hiérarchiser ses informations en fonction de sa ligne éditoriale.
Exemple avec La Gazette de Montpellier, un hebdo reconnu pour ses pages consacrées à la culture. « Dans les années 90, il n’y avait pas Internet, et presque la moitié du journal était consacrée à cette rubrique », explique Jean-Baptiste Decroix, directeur du groupe La Gazette. Aujourd’hui, cet héritage est toujours présent, « ça représente 40 % du journal ».
« Nos lecteurs ont leurs habitudes, il faut qu’ils se repèrent facilement »
Le courrier des lecteurs représente une autre rubrique phare de l’hebdomadaire. Entre trois à six pages y sont consacrées. « On avait essayé de le déplacer à la fin du journal, et on a reçu un nombre incalculable de courriers de gens qui râlaient, qui ne comprenaient pas pourquoi on avait osé toucher au courrier, sourit Jean-Baptiste Decroix. C’est vraiment un rendez-vous pour les lecteurs chaque semaine. » Pas le choix, ils se sont empressés de remettre la rubrique à sa place, en ouverture.
À L’Observateur de l’Avesnois, l’imprimante rotative numérique installée en 2016 a permis au journal de développer un nouveau mode d’impression, qui permet à chaque édition locale d’avoir sa propre une. « On voulait absolument relocaliser nos titres, nos Unes, et notre éditorial », raconte Arnaud Blondiau, rédacteur en chef.
D’autres journaux sont contraints de devoir changer leur chemin de fer suite à leur rachat. Au journal Le Faucigny, la maquette a été entièrement refondée en 2025. Il s’adresse aujourd’hui principalement aux décideurs locaux. « On sait qu’ils vont avoir une double lecture : pro puis perso », explique Nasrine Kahia, directrice générale chez Cie des Médias. Le Faucigny s’ouvre sur de la politique et de l’économie (par exemple, double page rédigée par un notaire, avocat ou expert-comptable), suivi par des pages culturelles. Il se finit par des annonces légales. « Ça a été bien réfléchi, le nouveau chemin de fer ne s’est pas fait au hasard, affirme Nasrine Kahia. On sait que nos lecteurs ont leurs habitudes, il faut qu’ils se repèrent facilement. Les annonces légales, on a décidé de les mettre à la fin car on s’est dit que les gens intéressés iront directement là. Ça ne casse pas la lecture. » Un peu de modernité, un peu d’héritage historique du journal… Il faut trouver la bonne recette sans déstabiliser les habitudes des lecteurs les plus fidèles.