Quand elle arrivée à la tête du groupe EBRA, en septembre 2025, Sophie Gourmelen savait qu’elle trouverait dans les tiroirs de son bureau un dossier particulièrement sensible : l’ébauche d’un vaste plan d’économies qui avait été laissé là par Philippe Carli, son prédecesseur. Un plan qui, pendant neuf mois, a été retravaillé, amendé, complété pour finalement être présenté ce lundi 22 juin 2026 aux salariés lors d’un conseil social économique extraordinaire. Les grandes lignes avaient été dévoilées il y a quelques jours. Des sources bien informées avançaient « plusieurs centaines d’emplois supprimés » (le groupe EBRA en compte environ 3200 en tout actuellement) pour l’ensemble des titres et services. Lundi, la direction a confirmé l’ordre de grandeur, en annonçant « un plan de repositionnement volontaire pouvant concerner jusqu’à 400 postes« , selon le communiqué officiel. « Les principaux services concernés par ce projet sont la rédaction, l’imprimerie, l’administration des ventes et le studio graphique.«
Quatre priorités pour le groupe
Comme tous les autres groupes de presse, EBRA est confronté à la chute de la diffusion du print, combiné au déclin du marché publicitaire et à la concurrence des réseaux sociaux et des géants du web, malgré le caractère unique de la presse locale. Avec « une perte opérationnelle de plus de 10 millions d’euros en 2025« , il était donc logique que des solutions soient recherchées. Et c’est donc celles qui sont inscrites dans ce « plan stratégique EBRA 2030″, qui « poursuit un objectif clair à l’échelle du groupe : construire un modèle pérenne permettant de continuer à financer une information locale indépendante et de qualité, au service de ses lecteurs et de ses territoires.«
La première des quatre grandes priorités repose autour d’un nouveau projet éditorial. Le local reste au cœur du projet, mais le groupe veut, à travers ses 9 titres, « renforcer la place des enquêtes, reportages et grands formats, tout en proposant des contenus toujours plus proches des préoccupations quotidiennes des lecteurs« . Le projet prévoit aussi la création « d’un pôle news et un réseau d’experts dans chacune des rédactions » pour valoriser les histoires qui peuvent avoir une portée nationale.
Le groupe veut aussi tenter de « rajeunir les audiences« . Pour celà, il « accélère sa stratégie numérique à travers le développement de nouveaux formats, notamment vidéo et audio« . L’outil sera une plateforme commune aux titres (tout en gardant l’identité de chacun) pour peser plus en terme d’audience face aux Gafam.
EBRA mise aussi sur la diversification des revenus, initiée depuis longtemps avec notamment EBRA Events, EBRA Studios… L’idée est donc de faire progresser les activités « dans l’événementiel, les services aux acteurs économiques des territoires, EBRA Montagnes, l’éducation aux médias ainsi que son pôle Tech« .
Enfin, le quatrième axe majeur concerne l’évolution de l’organisation, des outils et des moyens. Outre la mise en place d’un pôle marketing/data au niveau du groupe pour développer les abonnements et l’audience, EBRA veut déployer « de manière progressive de nouveaux outils technologiques », comprendre l’IA, « afin de simplifier certains flux de production et d’automatiser des tâches techniques et répétitives, notamment de mise en page et d’édition.«
Comme tous les groupes, EBRA veut recentrer le travail des journalistes sur la recherche de l’information et la production pure (qu’elle soit écrite, en son ou en vidéo) , en déléguant des tâches qui s’étaient accumulées au fil du temps (l’édition, les corrections, la mise en page…) à la machine. Ainsi, « le projet MEPA (Mise En Page Automatique) vise à automatiser une partie de la mise en page des éditions imprimées afin de réduire les tâches de fabrication des desks et de permettre aux journalistes de se concentrer sur la production de contenus.«
Si le groupe assure vouloir toujours donner le dernier mot à l’humain, l’IA permettra de « simplifier les tâches d’editing et de relecture des journalistes à travers une boîte à outils qui assistera les journalistes rédacteurs et éditeurs dans leur quotidien (proposition de titres adaptés au print et au web, tags, métadonnées, vérification orthographique, reformulation…).«
400 postes supprimés, 68 créés
Forcément, tout ce plan a des retombées humaines. La direction du groupe « envisage » (les négociations avec les syndicats débuteront à la rentrée 2026) « la mise en place au sein de chacune des sociétés concernées d’un plan de repositionnement volontaire pouvant concerner jusqu’à 400 postes ». Le tout sans départ contraint. De plus, 68 autres postes devraient être créés, principalement dans les rédactions.
« On va continuer à mettre la pression pour faire valoir nos arguments », assure à Ici Bourgogne-Franche-Comté Mathieu Banq, représentant SNJ au Bien public. Eric Barbier, délégué SNJ à l’Est républicain, ajoute que « ce qu’on comprend, c’est que la direction ne considère aucunement les secrétaires de rédaction. Humainement c’est très difficile à vivre pour ces journalistes. La direction leur fait comprendre que leur travail est remplaçable et qu’il pourrait tout aussi bien être automatisé. »
Les 400 postes supprimés concerneront la rédaction, l’imprimerie, l’administration des ventes et le studio graphique. Autant dire quasiment tous les niveaux et tous les services. Un plan d’économies généralisés pour tenter de redresser la barre dans un climat décidément particulièrement agité pour l’ensemble de la presse locale.