FIL 2026 • Peut-on récupérer notre souveraineté numérique ?

Google, Microsoft, Méta et les autres se sont, peu à peu, emparés du contenu, de la publicité et de l'audience des médias. Aujourd'hui, la souveraineté numérique a échappé aux créateurs d'information. Mais peut-on la récupérer ?

FIL 2026 • Peut-on récupérer notre souveraineté numérique ?

Google, Microsoft, Méta et les autres se sont, peu à peu, emparés du contenu, de la publicité et de l'audience des médias. Aujourd'hui, la souveraineté numérique a échappé aux créateurs d'information. Mais peut-on la récupérer ?

C’est un peu la lutte de David contre Goliath : que peuvent faire les « petits » médias face aux géants du numérique qui pillent leurs contenus (mais pas que) ? Est-il vraiment trop tard pour récupérer notre souveraineté numérique ? Quelques pistes de réponses lors du festival de l’info locale.

La souveraineté numérique, c’est quoi pour vous ?

Marine Doux, Médianes (cabinet conseil médias) : La souveraineté, c’est l’indépendance numérique, le fait de toujours avoir un choix. Il faut réfléchir à la manière d’héberger ses données ,de structurer son information, de se donner les moyens de son indépendance.

Ludovic Blecher, IDation : la souveraineté , c’est de pouvoir choisir avec qui on arrivera à construire une logique, un partenariat. Pas « trouver un grand sauveur à qui donner ses datas »… 

Fabrice Bazard, Ouest France : je préfère le terme de résilience numérique, ou l’expression « maîtriser son destin ». Il est important de lever toute dépendance. L’accès aux lecteurs, à l’audience est capital pour nous. Et quand les grands opérateurs nous cannibalisent cette audience, il faut réfléchir à reprendre son destin en main… On ne peut plus rester dans la situation actuelle, avec 70% de dépendance à Google. Aujourd’hui, ça nous revient en pleine face.

La souveraineté est-elle technologique ou éditoriale ?

Marine Doux : La dépendance se retrouve partout, dans notre carte bleue par exemple. Mais le problème est peut-être de tout confier (nos données) dans le cloud. Il faut aussi défendre notre souveraineté européen car, actuellement, nos données dépendent le plus souvent d’acteurs américains ou mondiaux.

Ludovic Blecher : les succès que l’on voit le plus dans le monde sont éditoriaux et non pas technologiques. Demander aujourd’hui à des rédactions de s’occuper de technologie, c’est n’est pas leur boulot. Par contre, les gérants et éditeurs doivent trouver des partenaires technologiques fiables qui laissent travailler les journalistes ! 

Fabrice Bazard : notre trésor, c’est en effet l’éditorial. Mais si on ne maîtrise pas la tech, et lorsque les prestations sont critiques, la souveraineté, oui, est importante.

Être ensemble pour faire des économies d’échelle

Comment un média local, aux capacités limitées, peut-il réduire sa dépendance numérique ?

Marion Doux : il faut voir la dépendance à plusieurs niveaux. Ca peut être sur l’hébergement, les outils du web, l’éditorial…Il faut se poser la question des partenaires. On peut même discuter avec des concurrents. Il faut choisir des outils qui sont créés par et pour les médias. Choisir un outil un peu plus en France ou en Europe. SI on investit un tout petit peu, on peut avoir des technologies un peu plus anciennes et en open source. Et les prix s’en ressentent : un outil pour les newsletter peut par exemple valoir 850 €, au lieu d’être pieds et poings liés avec des majors américaines, qui proposent des choses pas forcément adaptées aux médias.

Fabrice Bazard : dans la presse, il y a peu de collaboration. Et c’est dommage. Développer un outil ensemble est beaucoup plus utile que le faire chacun de son côté, ou développer son propre outil. Ouest France propose cela par exemple, et des magazines nous ont déjà rejoint pour ces solutions technologiques. D’utilisateur on est passés à prestataires.

Ludovic Blecher : demander ça à des rédactions de 8 ou 10 personnes, c’est trop leur demander. Mais on a tous besoin d’un CMS, d’un outil pour l’éditorial, d’un e-reader… Il faut juste se mettre ensemble pour faire des économies d’échelle sur la tech !

Fabrice Bazard : les grands acteurs ont  conquis notre publicité, nos contenus et maintenant notre audience. Leur arrogance et leur façon de se comporter envers nous est incroyable. On va négocier, mais ce sera extrêmement dur. Les états doivent prendre le sujet en main, au niveau européen. IL faut faire du lobbying et des solutions techniques. 

Propos recueillis par Laurent Brunel

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