En 2025, la fondation Jean Jaurès publaiit une étude démontrant que la disparition des médias était un risque pour la démocratie locale. Mais les pouvoirs publics doivent-ils aider ces journaux, radios, TV et pure players ? Ils le font déjà avec des aides diverses (via le ministère de la Culture). Les collectivités locales également, sans que l’on sache exactement à quelle hauteur.
Aujourd’hui, que faudrait-il pour assurer la pérennité des médias ? C’est tout l’enjeu du grand débat du festival de l’info locale…
» Nantes est un écosystème dynamique en matière de médias locaux, avec une quarantaine d’acteurs », explique Johanna Rolland, la maire de la cité. « C’est une vitalité du territoire et une vitalité démocratique. La place des médias locaux est indispensable dans le paysage français. »
« Un vaste plan d’aides serait bien, mais est-ce réaliste avec le contexte budgétaire de l’Etat ?« , souligne Pierre Pétillault, directeur de l’APIG (Alliance de la presse d’information générale). « On a encore la chance d’avoir un réel pluralisme médiatique. AiIleurs, c’est beaucoup plus contrasté. Il y a des déserts médiatiques, que l’on ne voit pas -pour le moment- ici.Mais on a des signes inquiétants : des municipalités qui ne communiquent que par des droits de réponse, des journalistes qui sont ghostés par des villes, des menaces de suppression de tout le budget publicitaire… Mais il faut aussi penser à une transition : les aides sont aujourd’hui plus orientées sur le papier, le print. Il faudrait glisser sur le numérique. Mais, en attendant, oui, il faut que les aides se poursuivent.«
Des radios et des télés dépendantes des aides
Du côté des télévisions locales, l’avenir est incertain, d’autant plus qu’elles ne bénéficient pas d’une enveloppe bien identifiée du ministère. « Mais monter un budget sans aides publiques est impensable« , assène Aurélie Rousseau, coprésidente de localesTV. « Weo a dû fermer cette année, Via Occitanie aussi… Ces filières souffrent des difficultés des groupes, souvent de PQR, auxquelles elles appartiennent. Et la baisse des aides des collectivités pose question. On ne peut pas laisser les choses aller dans ce sens. Certes, la diversification apporte un certain souffle, mais nous avons besoin des collectivités.«
Les radios, notamment associatives, ne sont pas mieux loties, notamment du fait des menaces annuelles sur le fonds de soutien à l’expression radiophonique locale. « La loi de 1986 nous interdit de toucher à la publiciité locale » note Sylvain Delfau, président du SNRL (Syndicat national des radios libres), « et, en compensation on devait toucher ce fonds. C’est pourtant le socle financier de nos radios associatives. Ça fait 20 ans qu’on fait des efforts, que ce fonds n’a pas augmenté, qu’on se serre la ceinture. »
Soutien local ou national ?
Mais aujourd’hui, faut-il miser sur des aides locales, sensibles au moindre changement de majorité, ou nationales, réputées plus stables ? « Quand il y a ingérence du politique dans les choix, c’est inadmissible », gronde Johanna Rolland, maire de Nantes. « Toutes les collectivités n’ont pas les mêmes ressources. Mais ce ne serait pas sain que l’on n’ait pas les mêmes aides, que l’on soit dans la Creuse ou à Nantes. Et puis, il faut regarder à,l’étranger : les médias, puis la culture, suivis des communautés LGBT et l’éducation ont été attaqués après l’élection de l’extrême droite en Italie… »
« Les aides à la presse baissent depuis deux à trois ans, notamment le fonds stratégique qui est un vrai outil de transition« , regrette Pierre Pétillault,. « Mais il faudrait aussi que les politiques apportent plus qu’un soutien financier, notamment face au choc frontal que nous vivons avec les opérateurs du numérique.«
Et après 2027 ?
Les élections de 2027 ne sont pas jouées, mais les médias se préparent-ils à une éventuelle arrivée du RN ? « Quand on est un média local, il faut avoir une forme d’engagement, souligne Aurélie Rousseau,.Il faudra peut-être aller dans ce sens-là. » « On va ouvrir ce débat avec nos membres« , note Sylvain Delfau. « Mais ce n’est pas qu’une question d’argent. Que se passera-t-il si on nous oblige à diffuser des messages qui vont contre nos valeurs ?«
« Pour combattre, il faut comprendre et trouver les bons leviers« , explique Johanna Rolland. « Mais avant cela, il faut plutôt à réfléchir comment faire pour qu’il n’accède pas au pouvoir. »
« Les inquiétudes viennent du fait des propos de plusieurs partis », complète Pierre Pétillault. « Mais il y a surement une différence entre les discours politiques et l’après-élections. Les aides à la presse ne représentent pas grand chose, 1 à 2 % du chiffre d’affaires, mais c’est essentiel surtout en ce moment.«
Pour éviter une dépendance aux aides publiques, l’engagement, via le don ou l’abonnement, est-il une solution ? « Il faut encore arriver à convaincre les lecteurs pour qu’ils s’abonnent », plaide Pierre Pétillault. « Ou recourir à la philanthropie qui existe peu en France », complète Aurélie Rousseau. « Et le don reste très marginal », rajoute Sylvain Delfau, « la publicité ou les aides publiques sont le socle des radios. »
Alors, une solution serait-elle de flécher une partie des investissements publicitaires vers les médias locaux ? « Il faudra une transparence, c’est évident« , note Pierre Pétillault. « Un projet est en cours, et on le soutien fortement. Cela ne cible pas que les médias locaux, mais cela concernerait les annonceurs publics comme privés. Cela compenserait en partie une fuite des investissements que nous constatons actuellement… »