Immigration, sécurité, pouvoir d’achat. Si les candidats à la présidentielles sont diserts sur les trois thématiques, qui, à leur yeux, semblent passionner les Français, ils le sont beaucoup moins sur un autre sujet, tout aussi important dans une société démocratique : le droit d’être informé librement.
Alors, pour tenter de faire réagir ceux qui sont dans les starting blocks avant cette course à l’Elysée, l’Alliance de la presse d’information générale (APIG) a décidé de les aiguillonner. En les conviant ce mercredi 14 octobre à une soirée durant laquelle ont été présentées neuf propositions assurant « le droit d’être informé« , à travers trois garanties : l’accès, la transparence et le partage. Voici, avant de connaître dans un prochain article les grandes lignes des réactions des candidats, ces neuf propositions.
Garantir l’accès à l’information
Entre problème de diffusion du journal papier et difficulté d’avoir une vision à long terme des aides publiques, le « dernier réseau d’information présent sur tout le territoire » est mis à mal. Alors, comment tenter de le faire vivre ?
• Proposition 1 : garantir la mission de service public de transport postal de la presse. La Poste est souvent montrée du doigt pour ses retards dans la livraison des journaux, tout autant que pour les augmentations excessives de ses tarifs. L’APIG demande donc que « chaque lecteur, où qu’il vive, doit pouvoir recevoir son journal avec exactitude« .
• Proposition 2 : faire de l’éducation aux médias une grande cause nationale. C’était une des grandes idées posée dans les Etats généraux de l’information, en 2024. Mais depuis, rien ou presque n’a été fait. L’Alliance demande donc que soit mise en place une « politique interministérielle et des engagements pluriannuels, à commencer par l’ouverture du Pass Culture aux abonnements de presse, papier ou numérique. » Elle juge en effet que le déploiement de l’éducation aux médias ne peut plus reposer uniquement « sur des enseignants volontaires et des rédactions engagées. »
• Proposition 3 : pérenniser et adapter le soutien public à la presse. Limitées, parfois un peu obsolètes et souvent revues à la baisse, les aides à la presse ont besoin d’un sérieux coup de neuf, tout en étant dopées. L’APIG demande par exemple que les amendes obtenues par la presse contre les plateformes (1 milliard € depuis 2021) soient réorientés vers l’information. Ou encore une TVA à 0% sur la presse. Sans oublier des aides issues du programme budgétaire européen AgoraUE.
Garantir la transparence et la traçabilité de l’information
Face aux rumeurs et aux fake news fabriqués à la chaîne par l’IA (entre autres), le lecteur a droit a une information de qualité, sourcée et vérifiée…
• Proposition 4 : faire entrer la loi Bichet dans l’ère du numérique. Cette loi datant de 1941 et qui prévoit que tous les titres de presse doivent être distribués sans condition, doit être actualisée dans un monde où l’IA et les plateformes invibilisent les sources. Le référencement des publications de presse reconnue doit donc être, pour l’APIG, garanti sur les plateformes et moteurs de recherche.
• Proposition 5 : agir rapidement contre les faux sites et le pillage. C’est un des enjeux cruciaux du moment, avec la prolifération de sites utilisant l’IA pour repomper sans autorisation les contenus des journaux, et les présenter sous l’apparence d’un site tout à fait respectable, alors que ce n’est que de la contrefaçon. L’Alliance demande donc que soit mise en place une procédure propre à la presse, qui bloque et déréference rapidement les sites qui la pillent ou l’imitent.
• Proposition 6 : faire signer la charte de traçabilité et de curation de l’information par tous les médias. Une information honnête et exemplaire ne peut être produite que par une filière exemplaire. L’APIG demande que tous les médias (dont publics) et les acteurs de la profession qui ne l’auraient pas fait, de signer la charte de traçabilité et de curation de l’information déjà ratifiée, entres autres, par l’ensemble des organisations de presse et les écoles de journalisme.
Garantir le partage de la valeur créée par l’information
L’argent reste le nerf de la guerre. Il faut donc faire en sorte que la filière puisse obtenir des financements mais aussi soient rémunérés par ceux qui exploitent leur travail sans rien débourser.
• Proposition 7 : orienter la ressource publicitaire vers le financement de l’information. Le fléchage d’une partie des investissements publicitaires vers la presse d’information politique et générale (IPG) est à l’étude, et pourrait même être inscrite au budget 2027. Cela s’appliquerait pour les gros annonceurs qui devraient forcément consacrer 10 à 15% de leurs investissements dans les médias IPG. Et cela vaut aussi pour l’Etat qui oublie parfois ces médias…
• Proposition 8 : rendre effective la protection du droit des éditeurs. Autre débat du moment, avec l’adoption tout autant espérée que prévue de la loi Balanant, la rétribution des médias par les plateformes et réseaux sociaux qui utilisent leurs contenus. Si quelques accords ont été arrachés, l’Alliance demande que ces acteurs du net ne se dérobent plus en toute impunité à une négociation en vue d’une rétribution juste et réelle.
• Proposition 9 : donner la possibilité aux éditeurs d’être rémunérés pour l’usage de leurs contenus. Face aux IA qui se nourrissent des articles de presse de manière totalement gratuite, que faire ? L’Alliance demande que la loi « pose une présomption d’utilisation, que le fournisseur pourra renverser, et une obligation de transparence sur les contenus utilisés. » De plus, elle demande que la France déclenche une réforme du cadre européen, pour un meilleur encadrement voire une suppression de la fouille de texte (de la part des IA) à but commercial.