FIL 2026 • Médias et créateurs de contenus : et si on travaillait ensemble ?

Du contenu, des codes, de l'investissement, de l'audience... Comment journalistes et créateurs de contenus peuvent-ils travailler ensemble ? Quelques pistes de réponse avec trois acteurs de ces alliances.

FIL 2026 • Médias et créateurs de contenus : et si on travaillait ensemble ?

Du contenu, des codes, de l'investissement, de l'audience... Comment journalistes et créateurs de contenus peuvent-ils travailler ensemble ? Quelques pistes de réponse avec trois acteurs de ces alliances.

Alors, quelles sont réellement les relations entre les médias et les créateurs de contenus ? Les uns copient le style ou les codes des autres, tandis que chacun voudrait bien avoir le public ou la réputation de l’autre… Trois acteurs, un média, une créatrice de contenus et une agence de créateurs en discutent lors du FIL…

Léna Polin, Scarabete (créatrice de contenus) : avec la Voix du Nord, j’ai participé à une série de l’été consacrée aux « petites bêtes » (frelons, moustiques…) puisque les insectes sont ma spécialité. J’ai voulu apporter ma petite touche à cette série. 
J’ai contacté la Voix du Nord. A l’époque, j’étais une micro influenceuse, et j’avais envie de me rapprocher d’un média traditionnel qui pourrait m’apporter une crédibilité supplémentaire. Les discussions,sont nées et ont a co-créé ce projet l’un avec l’autre

Léa Plaissetty, Loopin (agence de créateur de contenus) : pour ma part, j’ai eu un rapprochement avec le groupe Le Télégramme. Notre société a cinq ans, et il était important que l’on s’adosse à un groupe pour faire notre place dans notre métier. On a choisi aussi un groupe indépendant, qui n’était pas positionné dans la création de contenus. On partage aussi des convictions qui sont fortes, et ils ont une expertise forte, par exemple en matière de diversification. On aimerait bien par exemple faire sortir les créateurs de contenus du monde digital pour les mettre dans le monde réel.

Edouard Reis-Carona, Ouest France : les créateurs de contenus n’ont rien contre les médias classiques. Ils sont dans le récit, comme nous. Il nous fallait apprendre comment ils travaillaient, comment ils ont bousculé notre métier. Mais les créateurs de contenus sont moins frileux d’aller vers les médias que les journalistes vers eux ! « OFF7 Creator », la structure que nous avons monté, leur permet de grandir dans leur business, et nous allons apprendre de leur manière de travailler. On a intérêt à apprendre sur leur manière de narrer l’information.

Une frontière qui s’estompe

Léna Polin, Scarabete : avant d’aller voir la Voix du Nord, je travaillais seule. La collaboration a été un cercle vertueux, qui m’a offert une grande visibilité. J’ai été invitée sur d’autres médias, des titres m’ont demandé des expertises sur mon domaine de compétence…

Léa Plaissetty, Loopin (agence de créateur de contenus) : nous sommes de nouveaux acteurs. Mais dans les créateurs que je représente, il y a aussi des journalistes. La frontière entre les deux mondes s’estompe, on fait, quelque part, le même métier, en étant dans le récit, la narration…

Edouard Reis-Carona, Ouest France : dans la création de contenus, il y a de vrais talents. Et eux ont besoin d’apprendre en matière de savoir-faire éditorial. Si on peut leur apporter cela, de l’information de la meilleure qualité possible, on a tous a y gagner, Singer les créateurs de contenus, pour les journalistes, est vain et ne fonctionne pas. Il faut établir la confiance, d’un côté comme de l’autre, avec des contenus de qualité. Travaillons ensemble, sur des collaborations, mais pas en se copiant.

Deux manières de raconter le monde

Léa Plaissetty, Loopin : il ne faut pas forcément être dans la logique de la taille d’audience. Un créateur avec 100 K peut avoir un public extrêmement fidèles, beaucoup plus qu’un autre avec une audience plus large. Il faut avant tout cibler son objectif, choisir la personne cohérente avec le projet éditorial.Et puis de bons créateurs, ce sont aussi de bons formats, de bons tons… Là encore, il faut que les médias « traditionnels » choisissent ceux-ci.

Edouard Reis-Carona, Ouest France : Le grand risque, c’est de faire cohabiter deux mondes qui n’ont pas envie de travailler ensemble ! Les médias doivent prendre conscience qu’ils ne sont plus les seuls à raconter le monde. Les créateurs doivent comprendre aussi que l’audience ne fait pas tout, il faut y ajouter la rigueur journalistique… Les uns ne sont pas hostiles envers les autres, il faut qu’ils se comprennent, et mettre des passerelles entre les deux lorsque c’est possible.

Léna Polin, Scarabete : : si la collaboration éditoriale s’est bien passée avec la Voix du Nord, il a bien fallu que je parle de rémunération, et là, j’ai senti un peu d’incompréhension. Mais mes vidéos, ce sont deux personnes à rémunérer… Le fait de dire que j’ai une audience régionale forte a aidé dans la discussion, j’ai donc eu une rémunération, certes faible, mais c’était une belle collaboration pour moi ! L’achat d’un nombre important de vidéos d’un coup m’a permis de rentrer tant soit peu dans mes coûts. Mais humainement, j’ai pu réfléchir du fait que je travaille avec des gens, que je mets mon temps et mon expertise dans ces projets, donc l’aspect financier, oui, c’est important.

Propos recueillis par Laurent Brunel

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