Zones grises de l’information : 56 mesures proposées
Avec la multiplication des acteurs du numériques, l’émergence des créateurs de contenus, la surpuissance des réseaux sociaux et la manipulation orchestrée par certains opérateurs malveillant, sont apparues les zones grises de l’info, ces espaces numériques (réseaux sociaux, plateformes, influenceurs) où les frontières entre communication, opinion et information professionnelle sont floues.
Jeudi 9 juillet, les sénateurs Laurent Lafon, Agnès Evren et Sylvie Robert présentaient lors d’une conférence de presse leur rapport d’information sur ces zones grises, mettant en avant la nécessité de « réguler pour protéger la démocratie ». Le texte se décline en 56 recommandations, « pour mieux protéger le débat démocratique, renforcer la responsabilité des plateformes, adapter le droit aux réalités numériques et soutenir une information de qualité », selon les mots du président de la commission, Laurent Lafon. Certaines propositions devraient être traduites en propositions de loi dès la rentrée, en espérant que la 9e, « créer un soutien financier spécifique pour les créateurs de contenus d’information afin
de reconnaître leur contribution à la qualité de l’information et de supprimer une inégalité
de traitement en fonction des supports » trouve rapidement un écho favorable auprès des parlementaires.
L’APIG (Alliance de la presse d’information générale), qui sait été auditionnée en juin par la commission, avait d’ailleurs, lors de ce rendez-vous, annoncé que, pour la toute première fois dans le secteur de la presse, elle allait activer prochainement « la procédure « sites miroirs » du code de la propriété intellectuelle pour lutter contre le piratage de ses contenus. L’information professionnelle mérite d’être défendue avec la même urgence que n’importe quel autre bien culturel.«
Les comptes de Marsactu s’améliorent
Le média d’information et d’investigation locale Marsactu retrouve des couleurs. Julien Vinzent, son cofondateur et directeur, a en effet annoncé le 9 juillet, lors de la présentation des comptes pour 2025, que le déficit était aujourd’hui aux alentours de 30000€, alors qu’il était 4 fois plus important fin 2024. Un redressement réalisé grâce à la confiance de 1157 nouveaux lecteurs qui se sont abonnés, à un prêt de la part de Coop-médias, ou à des dons et subventions, notamment pour se défendre en justice.
Reste que 30000 €, « c’est à la fois peu — moins de 400 abonnements annuels — et beaucoup« , explique Julien Vinzent. « C’est un mois de salaires de l’équipe non financé. Ou encore un poste de journaliste qu’on ne peut pas assurer durablement. »
« C’est surtout un défi posé à notre modèle, car (…) la première condition de l’indépendance est économique. Aucun milliardaire ne viendra renflouer Marsactu. Notre média a choisi de ne pas miser sur les collectivités locales ou la publicité. Ce chemin exigeant, c’est celui que nous proposons à notre communauté de suivre et de soutenir au quotidien, en s’abonnant, en donnant, en relayant nos infos et nos combats.«
A Saint-Malo, Le Télégramme rachète… un hotel !
Le groupe Le Télégramme poursuit sa stratégie de diversification, qui lui réussit plutôt bien (la branche « médias » qui comprend le journal, le numérique et la télévision ne représente qu’environ 40% du CA global). Le 9 juillet, il a annoncé à ses lecteurs dans le quotidien avoir racheté un hôtel 4 étoiles à Saint-Malo. Le Grand Bé, au cœur de la ville fortifié, compte 55 chambres et suites, un grand spa, un restaurant, et surtout de larges espaces pour les conventions et autres événements. Ce qui entre en totale synergie avec d’autres activités de diversification du groupe, comme la Route du Rhum (le groupe Le Télégramme en est propriétaire). Des travaux de rénovation de l’établissement sont d’ores et déjà prévus, fin 2026 ou début 2027, pour le moderniser tout en gardant son caractère.
Droits voisins : Méta doit négocier avec les éditeurs
Si Meta (Facebook, Instagram…) avait signé un accord sur les droits voisins en 2021 avec les éditeurs de presse (dont locale), le puissant opérateur avait fait capoter les négociations pour prolonger cette collaboration en 2024, lors du renouvellement des contrats. Ce qui avait privé de nombreux titres d’une source de revenus conséquente, alors que Méta continuait d’exploiter leurs contenus sur ces réseaux.
Le 9 juillet 2026, l’Autorité de la concurrence, saisie par l’Alliance de la presse d’information générale et la Société des droits voisins de la presse, a prononcé des mesures conservatoires à l’encontre de Meta, « dont le comportement porte gravement préjudice au secteur de la presse« , selon l’APIG.
« Meta est tenu de rouvrir immédiatement des discussions loyales avec les éditeurs et de fournir sous quinze jours les données transparentes et objectives permettant de calculer la rémunération due au titre des droits voisins. Le rattrapage portera sur toute la période écoulée depuis février 2025, date à laquelle la plateforme a arrêté de payer pour les contenus des éditeurs. Meta devra aussi maintenir la visibilité des contenus de presse pendant les discussions et justifier chaque mois auprès de l’Autorité du respect de ces obligations. «
+Hauts : lancement à l’automne 2026
Le projet de « Netflix nordiste » prend forme : le 30 juin, l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) a validé le conventionnement à +Hauts. Ce nouveau média, mêlant VOD (vidéo à la demande), site internet, réseaux sociaux, fast TV (télévision linéaire via les boxs) devrait entrer en service dès l’automne. Outre un catalogue d’œuvres et de créations assurées par des partenaires, +Hauts s’articulera autour de la captation d’événements (sportifs ou culturels), de la fiction, du documentaire, mais aussi des magazines et des programmes de flux.
FIL 2026 : quel soutien pour les médias locaux ?
Plus que deux mois avant la nouvelle édition du Festival de l’info locale, toujours organisé par Ouest Médialab, qui se tiendra à Nantes les 24 et 25 septembre. Les inscriptions sont bien évidement toujours ouverte pour ce grand rendez-vous qui rassemblera plus de 300 personnes durant la trentaine de tables rondes, conférences, ateliers et rendez-vous aussi conviviaux que professionnels.
Ce rendez-vous est le parfait moment pour évoquer les grands sujets qui animent le monde des médias de proximité, notamment celui du soutien public à ceux-ci. Cette thématique, cruciale face à la toute puissance des grands opérateurs de l’IA et du web, mais aussi face aux échéances électorales françaises, sera au centre du grand débat qui se tiendra durant le FIL.
Et, parmi les autres sujets abordés durant les deux jours, figurent la collaboration entre créateurs de contenus et les médias locaux, la souveraineté numérique ou encore les dangers et avantages de l’IA. Le programme complet est disponible sur le site du site du FIL.