Papier : les journaux au bout du rouleau

Avec un prix historique dépassant les 800 € la tonne, toute l’économie de la presse imprimée est remise en question. Existe-t-il vraiment des solutions ?

Papier : les journaux au bout du rouleau

Avec un prix historique dépassant les 800 € la tonne, toute l’économie de la presse imprimée est remise en question. Existe-t-il vraiment des solutions ?
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C’est du jamais vu. Depuis plus d’un an, le prix du papier subit une inflation hors de contrôle. Trois facteurs expliquent cette hausse rapide : la pénurie de pâte à papier liée à la crise sanitaire, la flambée des prix de l’électricité et du gaz faisant exploser les coûts de fabrication par des machines gourmandes en énergie, ainsi que la place devenue prédominante du carton dans l’industrie du papier.
Ajoutons à cela que les groupes de presse peuvent difficilement négocier tant cette industrie est concentrée, majoritairement dans les pays scandinaves. Les groupes UPM et Stora Enso en Finlande, Norske Skog en Norvège et Holmen en Suède dominent en effet une grande partie du marché européen.
Alors, répercuter la hausse du coût du papier sur le prix de vente en kiosque ou baisser la pagination des entreprises de presse ? Des compromis au sein même des journaux, sont nécessaires pour pallier la crise.
« Aux Affiches de La Haute-Saône, nous avons la chance de ne pas subir de pénurie puisque nous avons un gros fournisseur. Néanmoins, nous avons pris une part directe de l’augmentation du prix du papier », affirme Philippe Royer, propriétaire du journal. L’imprimerie Ricaud, en charge de l’impression des Affiches, avait décidé de maintenir son tarif d’impression jusqu’à la fin de l’année 2021, puis de définir un prix fixe accompagné d’un coût supplémentaire variable en fonction de l’évolution du marché du papier.

Une partie du stock de papier à l'Hebdomadaire d'Armor.

Des changements importants au sein des structures

Malgré cette solution, les Affiches de la Haute-Saône ont dû augmenter le prix de vente de dix centimes (désormais fixé à 1,60 €) afin d’amortir en partie cette hausse du prix du papier.
Dans le Nord, Arnaud Blondiau, directeur délégué de l’Observateur (groupe Sogemedia), juge nécessaire pour les petites structures d’insérer dans leur production éditoriale les hausses des prix des matériaux : « Tous les éditeurs ont désormais à l’esprit cette donnée économique qui s’additionne aux coûts postaux, aux charges de transport qui augmentent avec l’inflation du prix des carburants. » Sogemedia a fait le choix d’ investir dans une rotative numérique depuis 2016 : un pari stratégique qui permet au groupe de supprimer la “gâche” papier, très importante sur une rotative classique. L’équipe se concentre désormais sur le taux d’invendus, « delta entre la quantité livrée et la quantité vendue ».
Luc Van Driessche, directeur de production de l’imprimerie Presse Flamande, basée à Hazebrouck, confirme l’impact de la crise dans sa structure : « Le principal problème réside dans l’approvisionnement de nos matières premières. Aujourd’hui, les délais de nos livraisons sont d’environ un mois à un mois et demi. »
Il précise que la pénurie ne concerne pas tous les types de papiers. Son équipe essaie au maximum de réorienter les clients vers d’autres supports que ceux choisis initialement.
Mais avec la nécessité de respecter le label PEFC, certification permettant d’assurer la traçabilité du papier issu de forêts responsables, Presse Flamande se voit obligée de respecter la même chaîne de distribution et les mêmes fournisseurs pour ne pas enfreindre ce règlement. Compliqué donc pour l’entreprise de faire face à la hausse du prix et aux longs délais de réception, alors que les autres matériaux comme l’encre ou les plaques d’impression subissent eux aussi discrètement une augmentation similaire.
La seule chose à faire est d’espérer que cette hausse généralisée s’estompe dans les prochains mois. Sans quoi, la crise pourrait accélérer la fin des journaux papier, les patrons de presse profitant de ces perturbations importantes pour accentuer leur transition numérique…

Un courrier envoyé à Bercy pour demander une aide financière

En mars 2022, l’Alliance de la presse d’information générale a envoyé une lettre au ministre des Finances. Elle explique les différents facteurs de la hausse du prix du papier et demande une aide financière pour y faire face.
Ainsi, il est expliqué que le « conflit ukrainien a profondément modifié la structure du coût des usines papetières » dont l’énergie est aujourd’hui le premier poste de coût. Selon les estimations, elle représentait un quart des coûts en 2021 et 48 % en mars 2022. La hausse du prix du papier est donc
majoritairement due à l’énergie.
L’Alliance note que quatre facteurs peuvent expliquer l’évolution du prix du papier. Tout d’abord, la « poursuite des réductions de capacités de production malgré une reprise dynamique de la consommation » après le confinement. D’après leurs estimations, cette capacité de production serait passée d’un indice 100 en 2020 à un indice 80 en fin 2022. L’évolution du prix de la pâte à papier, la crise mondiale de l’énergie et l’augmentation du prix du gazole associé à la pénurie de chauffeurs ont également impacté les coûts du papier.

Clara Bousquet & Ornella Gache​

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