Vincent David : « Les citoyens ont besoin d’être rassurés, qu’on leur apporte une proximité positive »

Vincent David : « Les citoyens ont besoin d’être rassurés, qu’on leur apporte une proximité positive »

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A l’occasion du congrès qui lui est consacré, la Presse hebdomadaire régionale (PHR) réenchante la proximité, ce lien indéniable entre un lecteur et son journal local. Confrontée à de nombreux défis, la PHR navigue en eaux troubles : transition digitale, explosion du prix du papier, droits voisins… tout en se voulant positive. Vincent David, président de ce congrès des retrouvailles, fait le point.

C’est le premier congrès que l’on fait en présentiel depuis la crise sanitaire. Quelles sont vos attentes ?

Cela fait trois ans que nous ne nous sommes pas vus, parlé, rassemblé… j’ai envie que ce congrès se déroule de la même façon que des retrouvailles entre proches. Que ce soit joyeux, festif, intéressé et intéressant, qu’on communique, qu’on partage nos expériences de ces deux dernières années. J’ai envie que chaque participant reparte d’Aix-les-Bains avec des idées, des contacts pris auprès de nos partenaires exposants mais aussi des solutions et des stratégies pour les années à venir.

Quelle est la participation attendue sur cette édition des retrouvailles ?

Nous sommes sur une prévision plutôt basse pour les éditeurs, 10% de moins qu’il y a trois ans, soit à peine une centaine, ce qui n’est pas le cas chez les partenaires exposants où nous avons refusé du monde.

Le Covid a beaucoup modifié nos vies ces deux dernières années. Comment la pandémie a-t-elle fait évoluer la PHR ?

Il y a eu de très bonnes nouvelles : la plupart des titres de PHR ont vu leur ventes grimper fortement, notamment pendant le premier confinement. Les gens, abreuvés d’images et d’informations contradictoires se sont alors rués vers la presse papier traditionnelle, puisque les marchands de journaux étaient ouverts. À l’échelle nationale, nous avons eu de très bons résultats, dans mon groupe il y a deux, trois journaux qui ont frôlé les 10 % d’augmentation des ventes. Au-delà des chiffres, cette crise a reboosté la presse d’information politique et générale, elle a redonné de la valeur à l’information travaillée de manière professionnelle. Mais lorsque les restrictions sanitaires se sont calmées les gens ont cependant repris leurs habitudes et désormais nous continuons d’observer une lente érosion en papier et une lente progression de nos audiences internet.

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En 2022, le prix du papier a explosé (800 € la tonne). Quelles conséquences cette nouvelle évolution a-t-elle eu, allez-vous en parler lors du Congrès ?

Oui, nous allons forcément en parler car nous avons tous nos factures d’impression qui ont augmenté. Nous voulons justement discuter avec les imprimeurs présents sur le village des exposants, cela va être un sujet central. Les éditeurs vont interpeller le syndicat et l’alliance de la presse pour savoir s’il y a des solutions, des infos… le congrès sert d’ailleurs à ça : à venir avec ses problèmes et essayer d’y trouver une solution. Cette question nous handicape puisqu’elle nous oblige à rentrer dans cette spirale inflationniste, à augmenter le prix du journal, réduire la pagination… pour faire baisser la facture qui augmente. Sachant qu’il n’y a pas que le prix du papier, il y a aussi celui de l’énergie qui fait que tous les frais – ceux de nos commerciaux, de nos journalistes, de nos correspondants – nous reviennent chers.

Avec la création de Facebook News et Google Actualités, la question des droits voisins de la PHR est sur la table, pourquoi ?

Depuis la création de Facebook News, il y a eu cette transposition de la directive européenne et cette obligation faite à Google et Facebook de rémunérer les journaux grâce auxquels ils gagnent des milliards de dollars chaque jour. Il y a deux types de rémunérations. Sur la partie droits voisins, les sommes que nous touchons sont extrêmement faibles. A côté, un accord commercial est aussi signé entre l’éditeur et Facebook News. Alors oui, nous avons réussi à négocier une rémunération de nos droits mais nous sommes au tout début de l’application de l’accord, d’autant plus que les grands nationaux, régionaux ou magazines sont favorisés. Nous allons entamer des négociations dans notre branche pour qu’une proposition soit faite. Probablement à partir de juin. 

Parmi les ateliers au programme beaucoup traitent de la mutation digitale, du numérique… c’est un réel enjeu pour la PHR ?

C’est un immense pari puisque c’est un enjeu de société. La difficulté pour nous PHR, c’est de prendre le train de l’internet et du digital. En comparaison, la presse locale est un petit train de campagne alors que la PQR, la presse magazine ou la PQN sont plutôt des TGV dans ce domaine. Parce qu’ils ont des équipes plus complètes, un rythme quotidien qui les aide à alimenter leur page… en tant qu’hebdos, nous avons un rythme de fabrication différent. Dans les 230 titres de PHR, il y en a qui ont été très loin : la Gazette de Montpellier, le groupe Actu.fr de Ouest France concurrencent les plus gros journaux régionaux. Mais à côté, il y a toute une partie de PHR qui n’a pas les moyens de jouer dans la cour des grands. Et ce n’est pas grave, ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas faire des choses intelligentes localement. La presse locale avance doucement parce qu’on ne veut pas se tromper, la plupart des titres sont de toutes petites PME. À chaque congrès on pose une pierre, on apprend sur d’autres expériences… et on avance sur le numérique. 

Le congrès porte le thème « la PHR réenchante la proximité ». En 2022 le lien entre le lecteur et son hebdo a-t-il changé ?

Ce que nous essayons de dire à travers cette phrase, c’est que nous voulons mettre du positif dans nos rencontres, dans cette sinistrose généralisée. Historiquement, la PHR ce sont des journaux dans des petites villes. Depuis, nous avons progressé en termes de pagination et de qualité mais nous restons le journal de l’hyper proximité. Depuis quatre ans, avec les crises des gilets jaunes et le Covid, nous avons vu que les lecteurs demandent de l’attention. Les gens veulent qu’on s’intéresse à eux, qu’on les aide à mieux rouler, mieux manger, mieux se loger, mieux s’éduquer… et ils veulent savoir ce qu’il se passe au bout de leur rue. Nous ne sommes pas les seuls à informer en ce sens, les réseaux sociaux et la PQR le font déjà, mais nous apportons en plus une idée de la proximité travaillée, intelligible, vérifiée. En fait, nous essayons d’être au service de nos lecteurs et au plus près des territoires qu’on couvre. Maintenant, les citoyens ont besoin d’être rassurés, que leur apportions une proximité positive. C’est et ce à quoi l’on travaille en PHR, en offrant des solutions à nos lecteurs.

Propos recueillis par Margot Herrada

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