Proximité : 4 nouveaux médias autour du territoire

A travers le pays, quatre jeunes équipes ou journalistes indépendants ont lancé leur média éditorialement basé sur le territoire. Quatre témoignages qui donnent foi en l’avenir des médias !

Proximité : 4 nouveaux médias autour du territoire

A travers le pays, quatre jeunes équipes ou journalistes indépendants ont lancé leur média éditorialement basé sur le territoire. Quatre témoignages qui donnent foi en l’avenir des médias !

Depuis le Festival de l’info locale d’Ouest Médialab

De la Bretagne à la banlieue parisienne en passant par le Vercors ou la campagne angevine, des jeunes pousses apparaissent dans le paysage médiatique. Utilisant la vidéo, les réseaux sociaux ou plus classiquement le papier, ces nouveaux arrivants misent tous sur une même idée : la mise en lumière de l’actu locale et des territoires.

Sylvain Ernault / Splann !/Bretagne
L’investigation en VO bretonne

« Splann ! est une ONG associative d’investigation journalistique. En Bretagne, nous avions identifié la difficulté d’enquêter sur l’agro-alimentaire. De plus, les rares reportages publiés n’avaient pas forcément d’impact. Enfin, il y avait peu de production journalistique en langue bretonne. Nous avons donc créé un collectif rassemblant journalistes et citoyens et se basant sur des partenaires de diffusion : pas d’interdit pour choisir le média dans lequel notre travail sera publié.

On fait du journalisme d’intervention, sur des sujets sensibles (l’ammoniaque agricole en Bretagne, par exemple), des thématiques (environnement, industries polluantes, urbanisation…), des thèmes récurrents (problématique énergétique…). Avec une idée finale : provoquer des changements. Nous sommes des acteurs de la vie publique, non engagés politiquement, mais transmetteurs d’infos pour qu’elles vivent au-delà de nous, en interpellant par exemple les politiques.

Economiquement, nous nous sommes inspirés de Disclose, avec son modèle non lucratif, un financement par le public sans subvention ni mécénat d’entreprise, ainsi qu’une diffusion gratuite des enquêtes.

La première enquête est disponible sur Splann.org, mais nous avions également des conventions de partenariat pour la diffusion, par exemple avec France 3 Bretagne, Médiapart (l’enquête de 70000 signes était en une du site), le groupement de six radios en langue bretonne ou encore le Peuple breton, magazine bilingue qui a diffusé deux volets sur son site et un dans sa version papier. »

85000 € collectés depuis la levée de fonds en février 2021.

20000 € : le coût de la première enquête sur l’ammoniaque (entres autres, pour l’embauche d’une journaliste, un photographe, un traducteur, un infographiste).

9000 abonnés sur les réseaux sociaux.

2700 abonnés à la newsletter (dont plus de 300 en breton).

Manon Boquen/Pays La Revue
Le mook pour décrypter un coin de France

« Je suis pigiste pour la presse nationale, et j’avais le sentiment que des sujets étaient traités de manière trop superficielle. Tout est arrivé pendant le premier confinement, où j’étais avec une graphiste, un photographe et un consultant en médias. Cette ambiance spéciale a été un peu le laboratoire pour Pays.

J’ai posé à ce moment-là mes idées dans un post sur Médium, pour obtenir des réactions. A partir de là, on a créé une newsletter pour définir nos objectifs, nos valeurs, montrer les coulisses de ce projet dans lequel on n’a mis aucun argent.

L’idée, c’est une revue qui parle d’un territoire différent à chaque fois, avec des problèmes qui peuvent avoir une résonnance nationale. La newsletter nous a permis d’avoir une communauté qui nous soutient, avec un financement participatif à chaque numéro. Pour le premier, nous avons dépassé nos objectifs de 270%, soit 17000 € récoltés. Et le numéro 1 de Pays a pu paraître en mars 2021 , sur le pays de Saint-Malo. Dedans, on a évoqué le tourisme, l’agriculture avec la culture du sarrazin, de l’usine de production d’engrais qui pollue l’air de Saint-Malo… On a fait du positif, du négatif, et les retours ont été très bons. Les 1500 premiers exemplaires à 29 euros l’exemplaire, sans publicité, se sont écoulés en deux mois.

Pour le numéro 2, on part dans le Vercors. On a fait voter la communauté pour qu’elle choisisse la destination. Il sera en vente dès la fin octobre, tandis que le financement participatif est en route depuis le 24 septembre. »

Clément Dechamps/Or Périph
L’actu positive de la banlieue

« Trois histoires que j’ai découvert comme journaliste indépendant : des cours de français pour réfugiés à Ivry-sur-Seine, une troupe de théâtre qui inclue le handicap à Eragny, et non loin de là une café solidaire qui réinsère les ex-détenus. Trois initiatives, trois points communs : ce sont des histoires positives, comme il existe des milliers autour de Paris, et dont on ne parle jamais.

Personnellement, je n’avais pas réussi à faire mon trou en presse écrite, donc je me suis tourné vers la vidéo, avec un objectif éditorial : décrire les faits positifs et l’engagement citoyen qui se produisent de l’autre côté du périph’. C’est l’idée d’Or Périph, un média 100% vidéo d’info, d’inspiration et d’action.

Je publie chaque semaine un reportage en vidéo sur les réseaux sociaux, et on est aux alentours de 4000 abonnés, avec une pointe à 23000 sur Instagram. Aujourd’hui, j’ai des collaborations avec le CFPJ, AG2R qui me sponsorisent. Je me suis lancé en fait sans modèle économique, juste avec mon smartphone, mon micro-cravate et l’ordinateur pour faire les montages. Des incubateurs m’ont aidé, et on a lancé un crowdfunding qui a rapporté 7000 €.

Et demain ? Pour l’instant, il y a du répondant, des retours, mais je sais que le projet n’est pas viable seul. Or Périph ne rapporte pas d’argent, mais ce média humain et social a induit des commandes de vidéos de la part de nombreux partenaires, avec une certaine liberté, une touche artistique. Ce qui permet de financer en partie Or Périph.

La saison 2 sera lancée cet automne.

Julien Collinet /La Topette/Angers
Place à l’investigation en locale

« La Topette, ça veut dire “salut, à bientôt !” en patois angevin. On fête avec ce 5e numéro le premier anniversaire d’un journal local, populaire car généraliste et indiscipliné, puisqu’on est là pour lever certains lièvres.

Le journal a été lancé par quatre journalistes, en version papier, car il est important pour nous d’avoir un bel objet que l’on s’approprie, qui touche également les jeunes autant par son aspect esthétique que par le fond des articles.

Notre modèle, c’est le bénévolat. Au début, nous ne savions pas où nous allions, et on a diffusé de suite 2000 exemplaires. Aujourd’hui, grâce au bouche à oreille et sans pub, on diffuse près de 3500 copies sur 250 points de vente. On n’a pas de distributeurs, on part juste avec nos vélos et voitures pour aller mettre les piles de journaux chez ces diffuseurs. On revendique aussi notre aspect indépendant, sans pub, à l’image du Postillon à Grenoble, qui existe depuis plus de quinze ans.

En ce qui concerne la ligne éditoriale, on part sur des formats longs, de l’investigation. A Angers, il y a beaucoup de petites baronnies, que la presse locale n’a pas forcément le temps de traiter ou d’analyser, et sur lesquelles nous pouvons enquêter. On essaie en tout cas d’être intelligent, en précisant par exemple dans chaque dossier les rappels aux textes de loi.

Mais avant tout, notre ligne éditoriale, c’est se concentrer sur les gens, leur vie sur ce territoire. On s’attache à traiter du quotidien de chacun. Par exemple, dans le dernier numéro, nous avons fait un papier très éco qui a fait réagir, sur la pénurie de matériaux et leurs prix très chers, qui pénalisent notamment les artisans.

Enfin, on voulait apporter de la pluralité. Certes, nous avons encore la chance d’avoir deux quotidiens sur Angers, mais on est aussi là pour apporter une nouvelle voix.»

La rédaction

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