Les lignes éditoriales catholiques, entre équilibre éditorial, héritage familial et position droitière affirmée

Si les journaux locaux catholiques avec une couverture régulière de la vie d’une paroissiale deviennent une presse de niche, alors la presse catholique aux valeurs conservatrices l’est d’autant plus.

Les lignes éditoriales catholiques, entre équilibre éditorial, héritage familial et position droitière affirmée

Si les journaux locaux catholiques avec une couverture régulière de la vie d’une paroissiale deviennent une presse de niche, alors la presse catholique aux valeurs conservatrices l’est d’autant plus.
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Il y a dans la presse catholique, deux branches qui se font face . La première se veut émancipée de toute ligne éditoriale religieuse. C’est le cas de la Voix de l’Ain qui, depuis 2016 et son rachat des actions du diocèse de Belley par le  le groupe HCR, a rompu quelque peu avec ses anciens fidèles lecteurs paroissiaux. “Dorénavant, on traite quand même l’actualité religieuse comme un fait d’actu, par exemple le rapport Sauvé on le traite, les conséquences de ce rapport on la traité”, explique son rédacteur en chef Nicolas Bernard. 

La seconde branche se veut plus “de niche”, qui tente encore de nos jours de légitimer une ligne éditoriale ancrée dans ses valeurs chrétiennes. “Dans notre groupe, on défend nos idées, on est sur une ligne édito catholique de droite. C’est purement nous, la direction, qui assumons cette ligne”, dévoile Jean-Baptiste de Guébriant, directeur de publication du groupe Edit Ouest qui possède Le Courrier de la Mayenne, Haut-Anjou et L’Echo d’Ancenis. Racheté par le grand-père de ce dernier en 1956, Edit Ouest a comme pilier editorial une vision conservatrice des évolutions de la société. Et ce n’est pas pour déplaire à Jean-Baptiste de Guébriant : “On défend des valeurs familiales traditionnelles, avec un papa, une maman par exemple.” Une vision aujourd’hui assez marginale dans la société d’après un sondage Ifop de 2019, 85 % de la population française définisse l’homosexualité comme une “manière comme une autre de partager sa sexualité.”

“On suit la doctrine sociale de l’Eglise”

“Nous, on suit la doctrine sociale de l’Eglise. C’est un peu long à synthétiser, mais depuis trois générations dans notre groupe de presse, on perpétue cette tradition”, décrit le directeur, qui n’a pas hésité à participer à un appel lancé par des chefs d’entreprises pour appeler Eric Zemmour à se présenter à la Présidentielle en novembre 2021. Selon le site du diocèse de Paris, la doctrine sociale de l’église “se focalise sur l’humanisation des personnes” et prévient de “ la mise en place de structures sociales, politiques ou économiques qui conduiraient inéluctablement à la «déshumanisation» des personnes« , à travers deux bases de pensées, quatres valeurs et cinq principales générales.

Entre le Courrier de la Mayenne et la Croix du Nord, deux visions très différentes de la presse à connotation catholique.

Pourtant, malgré ces prises de position explicites, Jean-Baptiste de Guébriant le clame : dans ses journaux, les opinions de la direction s’arrêtent à la page 2. La suite est neutre avec des journalistes et salariés “qui n’ont pas toujours les mêmes idées que leur hiérarchie, qui sont parfois contre, mais qui font un travail formidable”. Une ligne éditoriale conservatrice et engagée qui ne semble pas être partagée par tous les éditeurs de presse à l’héritage catholique. “Il y a certaines presses catholique qui se veulent militantes. C’est une presse dans laquelle je ne me retrouve pas”, confie Marc-Paul Lemay, rédacteur en chef du Courrier Français.

La religion se conserve dans l’ADN d’un journal 

Pour beaucoup dans les journaux nés dans les diocèses, un héritage fort, qui dépasse les contrats financiers. “On a gardé le côté humaniste”, avance Nicolas Bernard, “On a aucune nostalgie de cette époque paroissiale, mais c’est sûr qu’elle fait partie de notre journal”, affirme de son côté Marc-Paul Lemay. Mais Jean-Baptiste de Guébriant en a conscience, sa ligne éditoriale est “une niche” qu’il tente de conserver au maximum son engagement religieux. “Je pense qu’on est pas beaucoup à assumer et à défendre des valeurs conservatrices. Nous sommes des journaux indépendants. C’est un groupe de presse familial et cela nous permet aujourd’hui de pouvoir dire et défendre des idées qui nous sont chères. ” Comme une sorte de cas à part dans la presse hebdomadaire régionale, Edit Ouest continue et continuera de valoriser une vision sociétale très traditionnelle. 

La page 2 d’Edit France, ou la tribune de la pensée droitière

Je le dis et le redis, la page 2 de nos journaux n’engage que la direction, notre traitement médiatique est neutre”, appuie Jean Baptiste de Guébriant. La fameuse “page 2” dont fait illusion le directeur de publication est la partie du journal dédiée aux éditos et autres billets d’humeur de la direction du groupe de presse familial. Au menu des billets : corrélation faite entre “immigration” et “délinquance”, défense d’une vision royaliste de la société ou d’un type de ménage genré et hétérosexuel. “On assume, on sait qu’il y a certains de nos éditos qui ont fait couler quelques larmes”, affirme de son côté Jean-Baptiste de Guébriant.

Laura Ouvrard et Cyriane Duthoit

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