« Je voulais faire autrement », monter un média, seule, au plus près des gens : le pari d’Émilie Film

Installée à La Réunion, Émilie a lancé son propre média vidéo EMILIE filme, en octobre dernier. Ancienne journaliste web et vidéo passée par BFM TV, elle a choisi de quitter des formats jugés trop « jetables » pour créer des documentaires et reportages de terrain diffusés sur YouTube et Instagram. Son objectif : redonner du temps aux récits, valoriser les voix locales et retisser du lien par l’information de proximité.

« Je voulais faire autrement », monter un média, seule, au plus près des gens : le pari d’Émilie Film

Installée à La Réunion, Émilie a lancé son propre média vidéo EMILIE filme, en octobre dernier. Ancienne journaliste web et vidéo passée par BFM TV, elle a choisi de quitter des formats jugés trop « jetables » pour créer des documentaires et reportages de terrain diffusés sur YouTube et Instagram. Son objectif : redonner du temps aux récits, valoriser les voix locales et retisser du lien par l’information de proximité.

Émilie Chatelet n’a pas monté son média pour “faire comme tout le monde”. Elle parle plutôt d’un ras-le-bol. « J’en avais marre de faire du contenu jetable. » Après un passage par BFM TV, à l’occasion
d’un stage pour ses études de journalistes, en tant que journaliste web vidéo, une véritable passion naît. Elle y découvre les formats vidéo courts et verticaux pensés pour les réseaux sociaux. « J’ai
adoré le montage vidéo, cette liberté de création journalistique. Ça a vraiment tout déclenché chez moi. Mais j’avais envie de prendre plus de temps, d’aller plus loin avec les gens. »

Emilie Chatelet est la fondatrice de la chaîne YouTube « Emilie filme », en septembre 2025 elle fait partie des quatre finalistes du Prix Fil. Photo : Emilie Chatelet.

Nantaise de naissance, c’est à la fin de ses études de journalisme à Paris qu’elle décide de partir pour la Réunion. Elle y travaille pour Clicanoo, en tant que journaliste web puis rédactrice en cheffe. L’expérience est formatrice, mais la réalité économique rattrape vite le terrain. En juillet 2024, faute de moyens, le journal ferme et son poste disparaît. « Ce n’était pas une question de motivation ou de compétences. Il n’y avait juste plus d’argent. »
Ce moment de rupture agit comme un déclencheur : « Soit j’attendais qu’on me propose quelque chose, soit je me lançais. » En octobre dernier, grâce au dispositif CSP, elle devient indépendante et
crée Émilie Filme, un média 100 % vidéo, pensé pour les réseaux mais ancré dans le réel.

« Ce n’était pas mon rôle premier d’être commerciale »

Se lancer, pour Émilie Chatelet, ça veut dire créer son propre média vidéo : Émilie Filme. Seule. Sans rédaction. Sans sécurité financière. Ses vidéos sont publiés sur Youtube, mais aussi sur Instagram avec des rubriques plus brèves, pour toucher un public plus large. « À la base, ce n’était pas du tout mon projet de devenir entrepreneuse. »
Aujourd’hui, elle cumule les rôles : journaliste, cadreuse, monteuse, community manager,
commerciale. « Ce n’est pas ma fonction première de vendre un projet, mais quand on est seule, on n’a pas le choix. »
La monétisation de YouTube existe, mais reste dérisoire. « Il faut des dizaines de milliers de vues pour que ça rapporte vraiment. » Alors elle monte un dossier partenaires, cherche des sponsors, envoie des mails, relance. « C’est beaucoup d’énergie pour quelque chose de très incertain. »

Son envie première reste pourtant éditoriale. Faire du terrain. Prendre le temps. Montrer autre chose que des images rapides. Ce qui la marque ? Un tournage à Mayotte, après le passage du
cyclone Chido. En immersion avec des jeunes et l’association Akia Anasta, Émilie documente les conséquences sur le terrain et les combats pour les droits des enfants. « J’avais envie d’être là, de comprendre. » Les témoignages ne sont pas faciles à entendre. « On a l’habitude de voir ces personnes stigmatisées, rarement mises en lumière. Je voulais être au plus près de la réalité. » Ce travail d’immersion confirme sa façon de faire du journalisme : ralentir, écouter, ne pas réduire les gens à un angle ou à un fait divers.

Son smartphone comme seul matériel

Ses formats sont pensés pour les usages actuels : courts et verticaux sur Instagram, plus longs sur YouTube pour creuser les sujets. Elle travaille avec un kit mojo et son smartphone, un choix assumé. « Le téléphone casse une barrière. Tout le monde se filme avec son téléphone aujourd’hui. Ça facilite le témoignage. »
Son public est majoritairement local, entre 18 et 45 ans. « Les gens s’informent beaucoup sur les réseaux, mais ils ont envie d’autre chose que les mêmes infos partout. »

Une participation au festival de l’info locale

En septembre 2025, elle participe au concours du prix FIL, le festival de l’info locale organisé à Nantes par Ouest Médialab. Cette participation agit comme une forme de légitimation. « Être reconnue par des professionnels, ça m’a aidée à me dire que je pouvais me lancer seule. » Dans la foulée, elle décroche son premier sponsor. « Tout s’est enchaîné assez vite à ce moment-là. » Mais les doutes restent. « Créer un média, seule, ce n’est pas simple. On se remet beaucoup en question. »
À terme, Émilie aimerait travailler en équipe. « Avoir quelqu’un pour cadrer ou monter me permettrait de me dégager du temps. » Pour l’instant, le modèle économique ne le permet pas. Elle prévoit de faire un point en 2026 pour voir si le projet est viable sur la durée.
Pour elle, le local n’est pas un sous-journalisme. C’est une autre manière de raconter le monde.« L’info locale a le pouvoir de faire du bien. Et de créer du lien. »

Lilou Boulanger

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