Malgré tous les efforts entrepris depuis des années pour réaliser des économies ou pour se diversifier, les quotidiens régionaux ont toujours une santé économique fragile. Et, ces derniers jours, des signaux préoccupants ont été émis par deux titres du littoral ouest de la France. A commencer par l’emblématique Ouest France, premier quotidien national avec ses 597 470 exemplaires vendus chaque jour et ses plus de 217 millions de visites sur les supports digitaux en février dernier.
Le géant breton tente de retrouver l’équilibre dans ses comptes avec le plan Efficience. Le premier volet a été initié l’an dernier, incluant notamment, outre des économies matérielles, la création de la nouvelle maquette, pour tenter de freiner la baisse des ventes du quotidien papier, le support le plus rentable pour tous les titres de PQR. Place désormais à Efficience 2, motivée par « la chute importante de la publicité« , avec un marché global « cannibalisé par les Gafam« , comme l’explique Fabrice Bazard, le directeur général d’Ouest-France à la Correspondance de la Presse (accès payant).
Des suppressions de poste en vue ?
Ce plan, lancé en toute fin 2025, tente encore une fois de réaliser le maximum d’économies, en se basant sur la négociation, comme le souligne la direction. Les syndicats, eux, estiment qu’il « chasse les dépenses de personnel par le non-remplacement des départs à la retraite et la suppression d’un maximum d’emplois précaires (CDD)« , comme l’écrit la CGT Ouest-France dans un tract en février dernier.
Mais les quatre organisations, à travers l’intersyndicale, ont décidé de passer à la vitesse supérieure dans l’action en demandant aux 1600 salariés un débrayage de deux heures le 31 mars 2026. Cette action inédite est une réponse, selon les syndicats, à la nomination de trois journalistes qui seront en charge de jauger l’efficacité du journal dans chacune des régions de diffusion (Normandie, Bretagne et Pays de la Loire). « La mission de ces trois professionnels est claire : faire des économies. Des suppressions de postes se dessinent », argumente d’ailleurs Vanessa Ripoche, représentante du SNJ Ouest-France au Monde.
Cette action toute symbolique arrive à un moment stratégique : les élections pour le président du directoire du groupe doivent en effet avoir lieu dans les prochains jours (François-Xavier Lefranc a été élu pour trois ans le 20 avril 2023). Le coup de pression syndical, s’il se base sur une inquiétude réelle au sein des rédactions, tente de marquer les esprits peu avant cette élection.
Plus au sud, l’inquiétude naît également au sein du groupe Sud Ouest qui, lui, a déjà connu des soubresauts, le dernier PSE remontant à 2024. Le 31 mars 2026, la direction a communiqué à ses salariés qu’un plan d’économies allait être mis en place, avec notamment une baisse de la masse salariale de l’ordre de 1,5 millions d’euros par an durant trois ans. Là encore, c’est la baisse des recettes publicitaires et la difficulté de monétiser le travail réalisé sur les supports digitaux qui fragilisent le modèle économique du groupe. »Sud Ouest n’est pas en péril« , expliquait le 2 avril Christophe Galichon, le secrétaire général de Sud Ouest à la Correspondance de la Presse, « il s’agit d’anticiper pour ne pas subir.«
Le plan repose sur la suppression de 53 postes à travers le groupe, en théorie sans licenciements contraints, avec des départs naturels non remplacés (démissions, départs à la retraite…). Les postes techniques sont principalement visés, l’impression des titres se réalisera sur deux rotatives d’ici 2028, entraînant la suppression de 28 postes.
Du côté des rédactions, quinze postes seraient concernés, avec une réorganisation des journalistes autour d’un « pôle journal » à Bordeaux qui pilotera les éditions et la conception du print, « en lien avec le pôle info ». L’idée de la direction est de recentrer le travail des journalistes sur le cœur de métier, la recherche de l’info, le traitement et l’écriture, en les retirant des tâches techniques.
« Un cycle de négociations » devait s’ouvrir dès le 2 avril avec les représentants syndicaux, dans l’espoir d’un accord. Mais les premiers effets de l’annonce de ce plan ont été visibles dès le 1er avril : une grève du centre d’impression de Sud Ouest a paralysé les rotatives et le journal n’a pas pu être distribué ce jour-là dans les kiosques et chez les particuliers.