Ce mois de février, comme chaque année, tous les médias français vont parler du monde rural. Le salon international de l’agriculture est en effet l’événement idéal pour les journaux, télés et radios de partir en campagne sans quitter Paris… Une vision à travers un miroir forcément déformant auquel veut mettre fin Rural, le nouveau média « libre et indépendant » qui sera lancé dans les tout prochains jours, et qui veut « raconter les vies telles qu’elles sont vécues et non telles qu’on voudrait qu’elles soient« .
A la tête de ce nouveau vecteur d’information du grand Ouest (il est implanté dans la grande couronne nantaise), Elodie Louchez, la rédactrice en chef. « On parle beaucoup de la ruralité depuis Paris« , regrette-t-elle, « alors que la relégation de nos territoires n’est pas nouvelle. » Alors l’équipe va parler d’éducation, de budget, d’habitat, de mobilité, « de tout ce que l’on vit dans nos territoires. Mais on va aussi et surtout parler des gens. »
Sylvain Ernault / Splann !/Bretagne
L’investigation en VO bretonne
Le nouveau média ne part pas en fait complètement de zéro. « Il y a quelques années, un journal, l’Avenir agricole, a du fermer ses portes pour des raisons économiques. Mais il a été relancé sous une autre forme, avec une éclairage plus ouvert sur la ruralité, la néo paysannerie… » Malheureusement, ce site, Les Champs d’ici, met la clé sous la porte en mars 2025, et les journalistes comme les lecteurs se retrouvent orphelins. Rural reprend en quelque sorte le flambeau, en élargissant le spectre éditorial, mais en se reposant aussi sur un modèle économique plus durable.
« Il existe un lectorat plus jeune, plus vivace », analyse Elodie Louchez, » qui s’est engagé à faire du lien dans ce monde rural. Ce sont ceux qui pensent les choses autrement. On a envide de s’adresser à ceux-là, qui sont déjà multi-informés avec Reporterre, Fracas, par exemple, mais qui cherchent en plus une information locale. Avec Rural, on a donc quelque chose à dire de part notre observation lente depuis les territoires. »
Le manifeste publié depuis quelques semaines sur le site est d’ailleurs clair. Rural veut retisser le lien sur les territoires : « Nous souhaitons réparer les récits. Réparer ce qui a été déformé, méprisé ou fantasmé. Effacé. Réparer l’absence en revenant sur les lieux, en prenant le temps, en écoutant les trajectoires, les mémoires comme les désirs, les fractures comme les solidarités. Réparer en racontant sans folklore ni condescendance, mais avec exigence, nuance et responsabilité.«
Du numérique… et de l’affiche !
Alors, sous quelles formes va exister Rural ? Evidemment, en 2026, difficile de faire l’économie d’un site qui sera la vitrine et le lieu d’accueil naturel des articles et chroniques. Ensuite, une newsletter mensuelle permettra à chacun de découvrir interviews et autres reportages. Avec aussi des collaborations possibles avec d’autres médias d’investigation locale, comme la Topette ou le Poulpe.
Mais un troisième support, très old school, est envisagé : l’affiche. Ce support imprimé, qui renvoie aux origines du journalisme populaire, sera disposé et proposé à la vente par exemple dans les lieux tiers, espaces de rencontre, de partage et d’initiative collective.
Reste un aspect important, et non le moindre : le volet financier. La structure, une SAS de type coopératif, est une entreprise solidaire de presse d’information. Ce qui lui permet de recevoir des dons largement défiscalisés. Une campagne de financement participatif va d’ailleurs être lancée fin février.
Outre ces ressources reposant sur le bon vouloir des lecteurs, elle espère obtenir des subventions, notamment en lien avec la presse de proximité. Son intégration au sein du Spiil (syndicat de la presse indépendante d’information en ligne) va d’ailleurs grandement aider dans ce sens. Enfin, le nouveau média compte également sur des actions d’éducation aux médias, la rédactrice en chef notant « que la demande en ce sens est forte dans le monde rural.«