L’idée était originale, osée. Sa réalisation applaudie autant par le public que par les observateurs des médias. Mais la réalité économique aura réduit à néant les espoirs de voir survivre l’expérience… Le jeudi 22 janvier 2026, Médiavivant a annoncé la fin de ses activités, trois ans et demi après sa création.
Médiavivant, c’était un expérience originale, née à Marseille dans l’esprit de Jean-Baptiste Mouttet et Alix de Crécy, ses deux co-fondateurs. Avec une idée de base : scénariser les enquêtes réalisées par les journalistes pour les présenter sur scène, devant un public. Du journalisme vivant qui renvoit quasiment aux origines de l’information, lorsque les nouvelles étaient criées sur les places des villages, lors du marché.
Mais au terme de la troisième saison d’enquêtes incarnées, les responsables du média faisaient part de leurs inquiétudes pour arriver à continuer à exister, faute d’un financement pérenne et régulier. « Nous sommes, malheureusement et malgré nos efforts, dans l’incapacité de programmer de nouvelles enquêtes sur scène« , annonce sobrement Jean-Baptiste Mouttet dans un article sur le site. Avec une conclusion douloureuse : « L’histoire de Mediavivant s’achève.«
Des enquêtes de qualité vs un financement compliqué
Concrètement, les ressources financières et humaines n’ont pas pu être réunies pour relancer des enquêtes. Le média précise en effet que les dépenses pour l’année 2024 dépassaient les 137000 euros, alors que les recettes provenaient principalement de financement participatif, d’abonnements ou de dons. Et même si plus de 5000 personnes avaient assisté aux 37 enquêtes présentées sur scène, il est difficile, comme pour tout média local, de vivre principalement de la générosité des spectateurs/consommateurs.
Le projet avait pourtant remporté un joli succès d’estime, en se basant sur une « ambition de casser les codes et d’inventer un nouveau support médiatique pour redonner confiance dans l’information« , selon Jean-Baptiste Mouttet. Le premier spectacle d’information avait été dédié à Marioupol, à la Belle de Mai (Marseille) en novembre 2022. Trente-six autres enquêtes avaient suivi, avec 28 journalistes pour les présenter sur scène. Le tout sur des sujets aussi divers que les féminicides conjugaux, l’incarcération en France, les trafics de drogue, la situation à Gaza, la pollution due aux jets… A chaque fois, le journaliste narrait devant le public les faits, en les accompagnant de témoignages venus étayer son travail.
Aujourd’hui, le travail de Médiavivant demeure visible sur internet. La chaîne Youtube rassemble une bonne partie des enquêtes, tandis que le site internet est toujours disponible, avec de nombreuses présentations ou des portraits.
Avec la disparition de Médiavivant, c’est une nouvelle fois tout l’équilibre financier des « petits » médias locaux qui est crûment rappelé. L’idée peut être intéressante, innovante, mais si elle n’arrive pas à drainer un public suffisant, au delà des convaincus de l’existence de ce type de médias, elle n’ira pas loin.
Le projet marseillais rappelle dans son clap de fin l’importance de l’existence de ces médias de proximité indépendants : « Cette bataille est la responsabilité de toutes et tous », clame Jean-Baptiste Moutet. « La vie démocratique nécessite d’être constamment stimulée pour résister. Ce combat se poursuit avec des médias qui, parfois artisanalement, font entendre une autre voix face aux grands groupes de presse.«
Et le cofondateur note aussi que son projet en a initié d’autres : Les 3 ours, remarqué lors du dernier Festival de l’info locale, reprend le même modèle de narration de l’information sur scène à Rennes et en Bretagne. L’hebdo Tribune de Lyon a de son côté investi dans un théâtre pour se diversifier et organiser des late-shows de l’info. Deux projets parmi d’autres qui reposent sur d’autres ressources (l’éducation au médias, les ventes du titre…) pour tenter de durer, financièrement parlant.
« Nous sommes plus que jamais convaincu·es que la scène lève les doutes sur la provenance d’une information, fait passer des émotions essentielles pour se sentir concerné·es et agir, et privilégie les liens fraternels dans un monde numérisé », lance Jean-Baptiste Moutet. Médiavivant a été un des premiers à ouvrir la voie. Espérons que cette expérience suscite d’autres vocations, avec une sortie de scène plus heureuse.