Nouveau design de Ouest France : « le lecteur doit reconnaître son journal, tout en le trouvant rafraîchi et rajeuni »

Aujourd'hui, 26 novembre, Ouest France inaugure sa nouvelle maquette pour l'édition papier du quotidien. Une révolution orchestrée par Lucie Lacava qui explique le pourquoi et le comment de cette transformation.

Nouveau design de Ouest France : « le lecteur doit reconnaître son journal, tout en le trouvant rafraîchi et rajeuni »

Aujourd'hui, 26 novembre, Ouest France inaugure sa nouvelle maquette pour l'édition papier du quotidien. Une révolution orchestrée par Lucie Lacava qui explique le pourquoi et le comment de cette transformation.

C’est l’une des designeuse de presse les plus en vue de la planète : la Québécoise Lucie Lacava a reçu plus d’une centaine de prix lors de sa carrière et même, en 2010, un Life achievement award (récompense pour l’ensemble de sa carrière et apport au monde du design de presse) décerné par la Society for News Design, l’association de référence au niveau mondial. Et c’est elle qui s’est vu confier la transformation de la maquette de Ouest France, inaugurée ce 26 novembre 2025. Pour PHRases.media, elle raconte la genèse, la progression et l’aboutissement du projet.

Quel était la commande de Ouest France pour ce redesign de la maquette ? Aviez-vous carte blanche ?

Au départ, j’ai été invitée à présenter un pitch : il s’agissait d’esquisser quelques pages du journal afin de montrer au directoire comment j’imaginais l’évolution de la maquette. J’avais déjà une bonne idée des axes nécessaires : une mise en page sobre et plus structurée, un texte courant davantage lisible, et une identité visuelle globalement actualisée.

La demande de Ouest France était claire : moderniser l’identité visuelle et l’expérience lecteur, tout en assurant une cohérence sur l’ensemble des plateformes du groupe. Je n’avais pas carte blanche au sens strict, mais j’ai bénéficié d’une grande liberté créative dans le cadre de ces objectifs.

Dans quel état d’esprit affronte-t-on la réflexion pour le changement de maquette d’un tel titre, qui est une institution ? Quelles questions faut-il se poser avant de se mettre au travail ?

Quand un journal n’a pas évolué visuellement depuis cinquante ans, on sait d’emblée qu’il ne s’agit pas de faire une révolution. Préserver l’ADN du titre était une évidence, et cela oriente toute la réflexion. Les premières questions sont donc : qu’est-ce qui est constitutif de l’identité du journal ? Qu’est-ce qui peut évoluer sans trahir cette identité ? Est-ce qu’on modifie le logo ? Est-ce qu’on remplace l’Helvetica ?

On avance avec respect, lucidité et méthode, en évaluant ce qui doit absolument rester — et ce qui peut être transformé pour répondre aux lecteurs et les tendances d’aujourd’hui.

Lors des tests de la nouvelle maquette à Ouest France ©Rodolphe Agoyer/ Ouest-France

Quelles sont les clés pour une transformation de design réussie ? Comment moderniser très fortement la maquette sans perdre le lecteur ?

La première clé, c’est l’adhésion interne. Sans l’acceptation des équipes, la nouvelle maquette ne peut pas s’installer durablement. Il faut donc accompagner, expliquer, convaincre.

La seconde clé, c’est de produire un guide de normes complet et rigoureux. C’est véritablement la “bible” de la maquette : il garantit la cohérence éditoriale et graphique au quotidien.

Alors, comment moderniser très fortement sans perdre le lecteur ? Eh bien en respectant avant tout la tradition journalistique. On actualise ce qui semble daté, on simplifie, on clarifie — mais on conserve certains marqueurs forts, comme la cocarde que j’apprécie beaucoup. Tout est question d’équilibre : le lecteur doit reconnaître son journal, tout en le trouvant rafraîchi et rajeuni.

Une nouvelle typo arrive : pourquoi choisir l’Austerlitz pour remplacer l’Helvetica ?

L’Austerlitz est une police récente, conçue en 2022 par la Typofonderie, à Paris. Elle n’avait encore jamais été utilisée dans un quotidien. Inspirée du Didot — très français — elle est à la fois discrète, élégante et accessible, ce qui en faisait une candidate idéale pour renouveler l’identité du journal.

J’ai toutefois conservé une présence significative de l’Helvetica, qui reste utilisée pour les brèves, les têtières, les citations et l’infographie. Il ne s’agissait pas d’effacer l’histoire typographique du titre, mais de la faire évoluer.

« Le design ne sauvera pas la presse à lui seul, mais il peut contribuer à recréer de l’attachement, de la lisibilité et du plaisir de lecture.» 

Lucie Lacava, designeuse de presse

Comment avez-vous traité la place de l’image et de l’illustration dans cette nouvelle maquette, qui étaient un peu oubliées dans la précédente ?

Dans l’ancienne maquette, la hiérarchie manquait et les photos étaient souvent très petites. Or les lecteurs d’aujourd’hui attendent des images fortes, de qualité, qui portent du sens. Il ne s’agit pas simplement de remplir visuellement mais de soutenir le récit journalistique.

Nous avons donc donné plus d’espace aux images, valorisé le photojournalisme et clarifié la hiérarchie visuelle. Toutes les études lecteurs montrent que l’entrée dans la page se fait d’abord par la photo : il fallait en tenir compte.

Lors des tests de la nouvelle maquette à Ouest France ©Rodolphe Agoyer/ Ouest-France

Quelles ont été les premières réactions de la rédaction et des lecteurs, lors des panels de présentation de la nouvelle maquette ? Cela a t-il permis de rectifier/d’aménager certains changements ?

Je n’ai pas assisté directement aux focus groups, mais les retours ont été très positifs. Nous avons tout de même procédé à quelques ajustements, notamment sur l’usage des filets ou la présence de citations en gras dans le texte courant, des points souvent évoqués par les participants.

Dans un contexte dans lequel la presse écrite imprimée se meurt, le graphisme et le design peuvent-ils être un levier pour tenter de regagner des lecteurs ?

Dans les projets que je mène, l’objectif des éditeurs est d’abord de fidéliser leurs lecteurs et de prolonger leur engagement. Si en plus la nouvelle maquette permet d’en conquérir de nouveaux, c’est un véritable bonus — the cherry on the cake, pour reprendre l’expression.
Le design ne sauvera pas la presse à lui seul, mais il peut contribuer à recréer de l’attachement, de la lisibilité et du plaisir de lecture.

Pourquoi, selon vous, le design de presse est-il essentiel ?

Le design n’est pas un art décoratif : c’est un outil essentiel de mise en valeur de l’information. Le monde change, les usages évoluent, les lecteurs aussi. Si les supports ne s’adaptent pas, ils disparaissent.

Ce qui me passionne, c’est précisément cette articulation entre rigueur journalistique, typographie, lisibilité et mise en page. J’ai une affection particulière pour le journal papier et pour la typographie : ce sont pour moi des terrains d’expression à la fois exigeants et profondément vivants.

Propos recueillis par Laurent Brunel

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